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Une famille de Cazaux – Debat : les Rey –2ème partie : Dominique Rey, instituteur laïc et citoyen engagé

par amisdecazaux 7 Mars 2013, 22:32 Histoires du village

 C’est l’histoire d’une amitié, au début de la 3ème République : celle de Jacques Carrère, paysan de Cazaux –Debat, garde champêtre, fermier pour le compte des Féraud, puis maire du village, avec Dominique Rey, entrepreneur, instituteur laïc et républicain engagé.

 

Instituteur au XIXème siècle

 

Derrière la montagne située en face de Cazaux - Debat,quand on regarde en direction d'Ihan,  se trouve le village de Gouaux, dans la vallée d'Aure. C'est là que naquit le 28 mai 1843 Dominique Bertrand Rey.

 

 Le canal

Le village de Gouaux se trouve derrière la montagne qui fait face à Cazaux-Debat

 

Sa famille a donné plusieurs lignées d'instituteurs et de secrétaires de mairie aux communes des Hautes-Pyrénées.
 
La voie de Dominique Rey semble avoir été tracée depuis son enfance : il serait instituteur.
 
En ce 19eme siècle, la priorité est à l'éducation des enfants au niveau de l'école communale. De tous les enfants, en particulier ceux des familles modestes.
 
En 1833, Guizot ministre de l'instruction publique du roi Louis - Philippe, a rendu obligatoire la gratuité de l'école pour les familles d'indigents et la construction d'une école publique dans toutes les communes de plus de 500 habitants. Il a également institué une école normale pour la formation des instituteurs dans chaque département. 

 

A Cazaux Debat, où il y a alors 132 habitants, l'école communale existe depuis les années 1840. C'est une école mixte et son instituteur s'appelle Barthélémy Ferrou. "De concert avec le curé" nous dit la délibération du Conseil municipal, il a dressé la liste des enfants dont les parents "ne paient pas la rétribution scolaire". En 1851, l’école compte 32 élèves. Parmi eux, il y en à trois que nous connaissons déjà : Louis et Michel Carrère, qui émigreront plus tard vers le Chili, et Jeanne Marie Couget. Les frères Carrère appartienent à une famille dispensée de la rétribution scolaire, ce qui n'est pas le cas de Jeanne Marie Couget. 20 des 32 élèves sont dispensés de rétribution scolaire.
 
La commune de Cazaux Debat loue une maison (ou une partie d'une maison) pour la salle de classe et le logement de l'instituteur. Soit le lieu, soit le propriétaire, ont évolués dans le temps. En 1852, la municipalité a la vélléité de faire construire une école, mais le projet est rapidement abandonné.
 
L'instituteur est payé par l'Etat, le Département et la commune. La rétribution est versée par la commune. Sa paie est de 60 francs par mois sur 10 mois soit 600 francs par an en 1852 (à titre de comparaison, un ouvrier peut gagner  450 francs par an en 1832). Il bénéficie d'un logement, pris en charge par la commune. L'instituteur a aussi pour obligation d'entretenir le poele à bois ou la cheminée de l'école. Il fournit le bois. La situation sociale de l'instituteur est fonction de l'importance de la commune. Il peut être également secrétaire de mairie, donner des cours aux adultes et ainsi, augmenter un peu ses revenus. Il peut être également agriculteur.
 
Gendre à Cazaux - Debat
 
Dominique Rey a intégré l'école Normale de Tarbes en 1861, à l'âge de18 ans. Il en sort cinquième de sa promotion en 1864. Il part enseigner au collège de Vic en Bigorre, jusqu'en 1868. La même année, il se marie avec Jeanne Marie Couget. Il passe ensuite un an à Lannemezan, puis 6 mois à Germ, jusqu'en avril 1870. Les Rey ont un fils, Bertrand, né en 1869. Ils s'installent à Cazaux - Debat, où Dominique Rey prend congé de sa fonction d’instituteur. Il est « gendre chez Couget ». Il développe l'exploitation familliale. Il construit une nouvelle grange dans le prolongement de l’ancienne. Un deuxième fils, Louis, né en 1872 puis un troisième, Albert.

 

Dominique-Rey.jpg  Dominique Rey, instituteur. Photo prise en 1885

 

A Cazaux – Debat, les familles Rey et Carrère – la famille dont les enfants sont partis à Bordeaux ou au Chili – sont amies. Dans leur lettres, les enfants Carrère ne manquent jamais de faire part de leur amitié aux Rey. En ce début de 3ème République, Dominique Rey et Jacques Carrère ne sont pas de la même génération (Dominique Rey a l'âge des fils de Jacques Carrère), mais ils semblent être proches politiquement. Ils sont pour une meilleure justice dans la répartition des richesses communes. Cette opinion, nous le verrons, n’est pas partagée par les plus importants contribuables de Cazaux – Debat, tous membres du Conseil municipal. Ils ont d’autres points communs. Ils ont tous les deux travaillé dans la fonction publique, l’un comme instituteur, l’autre comme garde – champêtre. Enfin, l’un comme l’autre, ont des idées pour le développement du village.
 
La République à Cazaux - Debat

 

En avril 1871, alors que la guerre civile a enflamé Paris et sa Commune, se déroulent partout ailleurs en France les élections communales. Les tensions sont vives dans le pays et Cazaux - Debat n'échappe pas à la règle.
 
Tous les camps sont divisés, en particulier les monarchistes,  sur la question du prétendant au trône, et les républicains, sur la question de la Commune même si la plus grande majorité soutient Adolphe Thiers. La République, en 1871, c'est ce qui n'est ni monarchiste, ni bonapartiste. A Cazaux - Debat, les nouveaux conseillers municipaux ne prêtent plus serment de fidélité à l'Empereur, mais "sur les lois qui règlementent la Nation".
 
La population a élu les 10 conseillers municipaux, ces derniers doivent élire le maire et son adjoint. Contrairement aux habitudes locales, l'élection est ouverte et il y a trois candidats :Jean- Louis Bégué, un ancien qui a connu tous les régimes. Son fils est revenu mutilé de la guerre contre la Prusse. C’est le candidat de ceux qui ont envie que rien ne change. Il soutient Adolphe Thiers comme le conseil général originaire du village, Sernin Fontan, et comme Alphonse de Goulard, le beau –frère des Ferraud, autre grande famille du village. Dominique Ferrou est le frère de l’instituteur, Barthélémy Ferrou. C’est le candidat du camp clérical, qui penche plutôt vers la monarchie. Dominique Rey est un républicain de gauche, partisan de Gambetta. Il a alors 28 ans.
 
Compte tenu de l'enjeu, un bureau de vote est constitué trés officiellement. il comprend curieusement deux des trois candidats : Jean-Louis Bégué, le plus ancien et Dominique Rey, le plus jeune. Le bureau de vote est complété par Joseph Verdier. L'élection du maire est sans surprise : les trois candidats ne votent pas, et les 7 autres suffrages se portent sur Jean - louis Bégué. Celà se gate pour le choix de l'adjoint. Trois tours sont nécessaires pour partager trois candidats, puis deux. Finalement, Dominique Ferrou est élu au bénéfice de l'age (égalité 5 voix contre 5), face à Rameau Soutiras.
 
Que faisait la municipalité de Cazaux - Debat, en ces années 1870 ?
 
Tout d'abord, Les conseillers municipaux veillaient scrupuleusement sur les intérêts de la commune, et sur leurs intérêts propres, comme leur pères avant eux.

 

Il fallait d’abord veiller à la répartition des biens communs. Cazaux – Debat était une commune pauvre. Sa population,  avait trés majoritairement de  faibles revenus. Il y avait donc peu d'impôts qui rentraient.  le Conseil municipal était composé des principaux contribuables, ce qui le rendait, par ailleurs, peu enclin à augmenter l’impôt. De plus, la commune avait peu de fôrets communales exploitables par la population. Les plus pauvres avaient besoin de la forêt pour se chauffer ou nourrir leurs animaux. Ils bénéficiaient du droit ancestral leur permettant d’aller chercher du bois et de la litière dans la forêt, et d’y mener pacager leurs animaux. Ce droit était aussi celui des familles, plus aisées, qui en bénéficient en fonction de la taille de leurs troupeaux.  Un règlement trés précis indiquait dans quelles conditions la fôret pouvait être exploitée, ce que chacun pouvait prendre. Un garde champêtre municipal et un garde forester cantonal veillaient à l'exécution stricte de ce règlement municipal.

 

Il y avait également des litiges avec les bergers d'Ilhan, qui se règlaient en application d'un protocole d'accord qui remontait au XVIIème siècle

 

Voir l'article sur Jean Bégué, première partie : les six familles

http://amisdecazaux.over-blog.com/article-jean-begue-fils-d-aure-et-du-louron-premiere-partie-les-six-familles-93166407.html

 

Pour accroitre les revenus communaux, il y avait aussi la forêt de Lerm, au dessus du lac de Bordères. Elle était exploitée depuis le moyen-âge pour la production de bois, et c’était aussi l’estive des bêtes à cornes de Cazaux – Debat, en été. Cette forêt appartenait en partie à Bordères - Louron et en partie à Bareilles, mais Cazaux -Debat y avait des droits d'exploitation depuis le 16ème siècle

 

Voir l'article : un Montespan à Cazaux - Debat dans "Histoires du village" :

http://amisdecazaux.over-blog.com/article-de-l-italie-a-la-vallee-du-louron-un-montespan-a-cazaux-debat-91509182.html

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 L’exploitation de cette forêt était donc conflictuelle. Le conflit se déroulait sur le terrain judiciaire : procès entre Cazaux -Debat et Bordères, entre Cazaux - Debat et Bareilles et aussi, au milieu du siècle, procès entre le duc d'Uzes, descendant des Montespan et qui de se fait, prétendait avoir des droits sur cette forêt, et les trois villages unis pour une fois. Seulement, la victoire contre le duc remportée, ils se déchirèrent à nouveau devant les tribunaux pour savoir comment répartir entre eux les frais de ce long procès. La forêt de Lerm était surexploitée compte tenu de cette rivalité intercommunale. Chacun y allait de ses coupes, au maximum de ce que le Droit coutumier lui permettait, pour ne pas que ce soit le voisin qui en profite. Dès le milieu du 19ème siècle, elle est menacée de disparition. Mais la surexploitation continua car les revenus de l’exploitation forestière étaient indispensables pour assurer l’entretien et le développement des communes.  Aujourd’hui, la carte IGN indique « la montagne de Lerm », devenue une prairie.

 

lac de Bordères  Au premier plan, à droite, ce que l'on appelle aujourd'hui "la montagne de Lerm" et qui s'appelait autrefois "la forêt de Lerm"

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 Les procès en cours incitait le maire, ici Jean - Louis Bégué, à se rendre à Bagnères ou à Saint Gaudens (pour les procés relatifs aux droits hérités des Montespan) accompagné de Jean Bertrand Couget qui semble avoir été le référent pour tout ce qui concerne la domanialité forestière.
 
Au chapitre des dépenses, il y avait ce que le Conseil municipal appelait "les compétences obligatoires de la commune" : assurer le fonctionnement de l'école, l'entretien des chemins, de l'église et du presbythère. Pour se faire, chaque habitant, surtout ceux ne pouvant payer des impôts, devait un certain nombre de jours de travaux à la commune, environ un jour par mois. Il s'agissait pour l'essentiel de l'entretien des chemins, de la reconstruction des terrasses. Il pouvait s'agir aussi de refaire le toit du presbythère. Ces journées, fixées par le Conseil municipal, étaient peu productives. On y buvait beaucoup, ça rigolait, et ça plaisantait. Elles ont été organisées jusque au début du XXème siècle.  
 
Il y avait les grands travaux : le pont reliant le village à la route thermale, puis la construction de la nouvelle route. Compte tenu des possibilités financières de la commune, il fallait recourir à des taxes exceptionnelles pour financer ces travaux. Ainsi, une taxe sur le bois morts prélevé dans la forêt dite "taxe d'affouage". 
 
Enfin, il y avait les avis : favorable quand il s'agissait d'accepter une nouvelle foire, défavorable quand il s'agissait de financer l'arrivée du télégraphe jusqu'à Arreau, ou la construction d'une voie de chemin de fer entre Lannemezan et Arreau. Au motif que cette ligne ne serait jamais rentable.

 

Dominique Rey, instituteur à Cazaux - Debat
 
En 1878, une nouvelle élection municipale a lieu. Dominique Rey est à nouveau élu conseiller municipal. Cette fois l'élection de Jean -Louis Bégué et de son adjoint Dominique Ferrou ne pose pas de problème.
 
le 30 novembre 1879, Dominique Rey quitte le Conseil municipal pour pouvoir reprendre son métier d'instituteur à Cazaux Debat. Barthélémy Ferrou, instituteur au village depuis les années 1840, a pris sa retraite. C'est ainsi que Dominique Rey devient le premier instituteur laïc et républicain du village, celui contemporain des réformes de Jules Ferry. Dès sa nomination, Dominique Rey obtient l'ouverture d'un cours pour adultes. 
 
 Auparavant, un nouveau projet de construction d'une école a déchainé quelques passions.
 
Le 5 janvier 1879, le Conseil municipal décide la construction d'une école. Elle serait construite sur un terrain appartenant à Sarnin Fontan, et qui comprend deux batiments : un ancien, celui loué pour l'école, et un autre plus récent. Les deux seraient démolis pour construire un batiment neuf, en récupérant  les matériaux des batiments démolis.

 

En attendant, il loue une maison appartenant au même Sarnin Fontan. Elle se situe derière la mairie  actuelle.

 l-ecole-en-1879.jpg

 La maison qui hébergait l'école entre 1879 et 1897 est celle de droite. La salle de classe était au niveau de la fenêtre du bas. La maison située à côté, l'actuelle mairie, a hébergé l'école de 1898 aux années 1930. 


Sarnin Fontan est un personnage illustre. Issu d'une puissante famille de Cazaux-Debat, il est médecin à Arreau, maire d'Arreau et conseiller général du canton de Bordères- Louron. Les membres du conseil municipal peuvent-ils résister à ses demandes ?
 
Le 15 février suivant, le Conseil municipal doit s'expliquer, le Sous - préfet de Bagnères ayant reçu une lettre annoyme concernant l'achat du terrain pour l'école, lettre "dont les termes sont "ou exagérés, ou de pure invention". La lettre conteste le prix de 2600 francs demandé. Le Conseil municipal maintient le projet en l'état et justifie le prix élevé du terrain au motif qu’il est bati… par des maisons à démolir !
 
Toutefois, le projet a un coût élevé : 15000 francs, en récupérant les matériaux des deux maisons démolies. Une subvention de l'Etat de 13672,50 francs est nécessaire pour le financer. Il est à noter qu'à cette époque, les communes n'avaient pas recours à l'emprunt. La commune n'a pas dû obtenir le financement. Dèjà, en 1880, elle se dépeuple, son école avec. Et aucune école n'a jamais été construite à Cazaux- Debat.

 

Dominique Rey, conseiller du maire
 
En 1881, un nouveau maire est élu à Cazaux - Debat, Jacques Carrère. Il a pour adjoint Dominique Fontan. Aucun des deux ne faisaient partie des conseillers sortants. A ce moment là, Sarnin Fontan n'est plus conseiller général. Il a été battu l'année précédente par le candidat républicain Gustave Abadie, futur Président du Conseil général des Hautes Pyrénées.
 
Dominique Rey n’est jamais loin de Jacques Carrère. Le 27 novembre 1881, Dominique Rey est élu grand électeur pour l'élection sénatoriale. Il a obtenu toutes les voix des conseillers généraux présents. Il est également désigné comme secrétaire pour le bureau de vote des élections législatives. A noter que pour cette élection, un certain Paul Deves a obtenu les 17 voix du corps électoral de Cazaux - Debat. C'était le candidat de la gauche républicaine. Elu député, il fut membre du gouvernement Gambetta.
 
En 1882, le conseil municipal désigne pour la première fois une commission scolaire et constitue une caisse des écoles. La commission comprend Barthelemy Ferrou, instituteur retraité.Le Conseil municipal, "heureux de s'associer à tout ce qui peut faciliter la diffusion de l'instruction", vote une subvention de 5 francs pour la caisse de l'école. Un peu plus tard, conséquence sans doute de la commission scolaire, il attribue une somme de 20 francs pour l'achat de livres pour la "bibliothèque populaire" installée dans le placard de la salle de classe.
 
Par ailleurs, le conseil municipal souhaite faire élargir le chemin n°2, l'actuelle route d'accés, au niveau du lavoir actuel. Le propriétaire du terrain dont le rachat est nécessaire pour élargir le chemin est Dominique Rey. Celui ci n'est pas vendeur car la route modifie l'accès à la ferme. Une négociation est engagée qui échoue, puis une procédure d'expropriation.

 

Un drame intime et public

 

 En 1885, c'est le drame avec le décès à 16 ans de son fils, Bertrand. Sa femme entre dans une grande dépression et progressivement, en anémie.
 
Début 1886, Dominique Rey part exercer ses fonctions d'instituteur pendant quelques mois loin de Cazaux - Debat, à Gonez (canton de Tournay) pendant 2 mois, puis à Bareilles pendant 2 mois et demi.  Il revient à Cazaux - Debat le 1er juin 1886 où il reprend ses fonctions d'instituteur.
 
En 1887, Il rédige la monographie du village, à la demande de l'inspection d'academie. Dans ce texte, il insiste sur plusieurs aspects. La perte de population, la qualité insuffisante de l'eau potable, et aussi, la nécessité de mieux exploiter la forêt et les ressources agricoles. Il croit aussi possible d'exploiter le marbre, pierre qui constitue en partie le rocher de la Pène qui domine le village. En fait, ce marbre est trop dur pour être exploité. Il croit également en l’exploitation de la source termale qui suinte prés de la Neste, au niveau du moulin des Fontan. Cette source est exploitée très localement compte tenu de son débit. Elle est aujourd’hui perdue.

 

http://www.archivesenligne65.fr/collection/408-cazaux-debat-par-rey/?n=1

La monographie de Cazaux-Debat par Dominique Rey, sur le site des archives départementales des Hautes Pyrénées
  
 Il a certainement été trés marqué par les pétitions relatives au tombeau qu'il a fait ériger pour son fils et sa femme (voir la  première partie : vies et morts des Couget). Le règlement avait été décidé par le conseil municipal en décembre 1886, alors qu’il avait fait ériger le tombeau pour son fils fin 1885. Avec ce règlement, la municipalité avait organisé un système de concessions qui étaient vendues pour produire de nouveaux revenus pour la commune. Le coût du mètre carré était fixé à 15 frances pour une concession perpétuelle, 10 pour une concession trentenaire et 5 francs pour un emplacement temporaire de 10 à 15 ans. Le caveau des Rey n’était donc pas concerné par la nouvelle procédure, mais c’est lui qui a été mis en cause.
 
L’affaire des bêtes à laine

 

La grande affaire du mandat de Jacques Carrère, ancien garde champêtre, a été la mise en oeuvre d'un nouveau règlement concernant la dépaissance des troupeaux et l'exploitation de la forêt du village. Sujet sensible. Jacques Carrère connait bien la question et a des idées bien arrêtées. La délibération n'est adopté qu'à la majorité. Ni Jean Bertrand Couget, oncle par allience de Dominique Rey, ni Jean - Louis Bégué, notament, ne l'ont votée. Ils étaient absents le jour du vote.

 

Le 6 mars 1882, le maire présente à son consel'agneauil municipal une réclamation adressée au Sous-Préfet de Bagnères signée par MM Ferrou, Bégué, Soutiras, Carrère (un autre) et Lacaze. Elle porte sur la limitation à 60 bêtes à laine de la forêt domaniale de Cazaux - Debat, pour l'ensemble des propriétaires. Les bêtes à laine étaient des ovins que les éleveurs de la vallée recevaient contre rétribution des éleveurs de la plaine pour les engraisser quelques mois. Ils pacageaient la forêt domaniale. L’ancien règlement permettait aux éleveurs les plus importants de recevoir en location un nombre conséquent de ces bêtes à laine, aux dépens des petits éleveurs qui avaient un besoin vital des pacages communaux pour leur propres bêtes.

 

 La réclamation est rejetée à la majorité par le Conseil municipal. Toutefois, le maire demande un rapport à l'adminstration des Eaux et Forêts. Celle ci considère possible que 120 bêtes à laine (soit 5 brebis pour chacun des 24 propriétaires) puissent pacager dans la forêt en préservant les ressources. Un an plus tard, le règlement est modifié pour autoriser le pacage de 5 brebis par propritaire, soit 120 brebis. Il est à nouveau contesté, mais seulement par MM Ferrou et Bégué, principaux propriétaires de troupeaux d'ovins. Le règlement n'est plus modifié.
 
En 1888, de nouvelles élections ont lieu. Cette fois, les principaux intéressés par l’affaire des bêtes à laine sont directement représentés au Conseil municipal. Jean Bertrand Bégué, neveu de Jean-Louis Bégué et Barthémémy Ferrou, fils de Dominique Ferrou, sont élus. Trois conseillers municipaux sont candidats pour la fonction de maire. Au premier tour, Jacques Carrère obtient 4 voix, Jean Bertrand Bégué, 4, Joseph Fontan, une voix. Au deuxième tour, les partisans de Jean Bertrand Bégué se rallient à Joseph Fontan. Ce derner obtient 5 voix contre 4 à Carrère, qui est battu. Il paie pour ses deux projets novateurs, le règlement d'usage de la forêt, et le système de concessions du cimetière. Pour la fonction d’adjoint, Barthélémy Ferrou, obtient 7 voix. C'est le seul candidat. L’échec de Jacques Carrère est aussi celui de son conseiller, Dominique Rey. La confiance entre les deux anciens amis s’en trouve altérée.  

 

Un citoyen très engagé

 

Veuf, en froid avec son meilleur ami, en bute aux nouveaux dirigeants de la commune dont il a voulu remettre en cause des avantages ancestraux, Dominique Rey est désormais un homme isolé à Cazaux - Debat, seul avec ses deux derniers fils. Seul, mais toujours combatif pour ses intérêts comme pour ses convictions.

 

En juillet 1888, Dominique Rey exprime son opposition à la municipalité sur un sujet sensible : la répartition des lots du bois de chauffage entre les chefs de famille. Il prône un système plus simple à mettre en place et surtout, à contrôler.  Il écrit au sous préfet pour lui faire part de son point de vue. Le conseil municipal maintient sa position et rejette la réclamation de Dominique Rey.

 

En juillet 1889, il fait une nouvelle réclamation, cette fois concernant les problèmes d'infiltration d'eau le long de sa grange, à la suite de l'élargissement de la voierie. Cette réclamation est également rejetée, avec un agacement manifeste : "En temps humide, l'eau à de tous temps suinté dans la grange du requerant à tel point que l'on était parfois obligé de mettre sur le sol de l'écurie des planches pour y circuler à pied sec..." . Alors, Dominique Rey intente un procès à la Commune.

 

Le retour de Jacques Carrère

 

En 1892, nouvelles élections. Sont élus Carrère Jacques, Davezan Dominique, Fontan Valentin, Davezan Jean Blaise, Dasque Pierre, Ferrou Barthélémy (l’oncle), Laffaille Baptiste, Verdier Etienne, Lacaze Dominique, Carrère Bernard. Cette fois Jacques Carrère est élu à l’unanimité des membres présents. C’est au niveau du choix de l’adjoint que les conseillers s’oppose. Valentin Fontan est élu par 7 vois contre 2 à Dominique Davezan.

 

Le nouveau maire commence par règlementer l’exploitation du sable de la carrière de Tuco, en face du village légèrement en aval. Il signe un traité pour que cette carrière soit utilisée pour extraire le sable nécessaire à la construction du chemin de fer entre Lannemezan et Arreau. Il doit aussi faire reconstruire le mur du cimetière qui s’était éboulé. Décidement…

 

En 1892, Dominique Rey a fait une nouvelle réclamation auprés, cette fois de l’administration départementale des ponts et chaussées. Elle concerne cette fois l’accés à sa grange. L’administration lui donne raison sur ce point : l’accès à la grange est rendue difficile car la nouvelle route est plus élevée que l’ancienne et donc, la pente pour accéder à la grange est nettement plus forte. Il obtient donc  gain de cause sur ce point, l’administration se proposant d’effectuer les travaux nécessaires. Sur un autre point, elle refuse de reconnaitre que le canal d’irigation qui traversait le chemin derrière la maison de Dominique Rey constitue pour lui un droit acquis. La nouvelle municipalité lui donne raison sur les deux points, considérant que ce canal a toujours été là, et que c’est Dominique Rey qui l’entretient depuis toujours. La même année, il est désigné à nouveau par le Conseil mincipal comme grnd électeur (suppléant) pour les élections sénatoriales. Il semble que la période d’isolement soit terminée et l’amitié avec Jacques Carrère retrouvée.

 

En 1893, Jacques Carrère et son conseil municipal décident de faire reconstruire en pierre le pont sur la Neste, qui date de 18 ans, et qui est en bois. Pour ce faire, un emprunt par la commune sera nécessaire. Déjà, dans sa monographie, Dominique Rey avait évoqué la nécessité d’un pont en pierre.

 

En 1893, le bail de l’école est renouvelé, mais le batiment a changé de mains : il n’appartient plus à la veuve de Sarnin Fontan, mais à Dominique Lacaze.

 

L’affaire du logement de l’instituteur

 

Le 26 février 1894, le conseil municipal doit se prononcer sur une question épineuse, si l’on ose dire : une instruction ministérielle impose aux communes dont le directeur d’école est un homme de recruter une maitresse de couture et d’allouer à cette dernière une indemnité de 70 francs par an.

 
« A l’unanimité des membres présents, le Conseil reconnait que le nombre des garçons fréquantant l’école est supérieur à celui des filles ; que l’instituteur est appelé à rendre plus de services que l’institutrice ; d’ailleurs les parents des élèves optent pour une instruction, et même une éducation donnée par un maitre que par une maitresse. En conséquence il est arrêté que la direction de l’école mixte reste confiée à un instituteur.
 
Quand à la maitresse de couture, l’assemblée se refuse de voter l’allocation fixée parce que les ressources budgétaires ne permettent pas de souffrir de cette nouvelle imposition. En outre, les pères de familles prétendent que les avantages retirés par leurs enfants des leçons de couture ne compenseraient pas l’indemnité allouée. »

 

Mais le conseil municipal refuse de répondre favorablement à une demande de l’inspection d’academie, relayée par Dominique Rey : verser une indemnité de logement de 75 francs à l’instituteur ou lui fournir un logement décent.  Le conseil partage le bien fondé de la demande. Il indique « qu’il n’y a véritablement qu’une chambre d’habitable dans les deux qui figurent sur le bail à loyer de la maison d’école ; que cette chambre étant occupée par la salle d’école, l’autre servant de salle de mairie. » Le conseil municipal a d’autres priorités : la construction du pont en pierres, et aussi, autre nécessité mentionné par Dominique Rey dans sa monographie, la construction de fontaines.  . La commune refuse de payer, sauf versement d’une subvention et propose comme alternative la suppression de l’école de Cazaux – Debat ou son regroupement avec une école d’une autre commune.

 

Pourtant, la commune n’a plus à sa charge une partie du salaire de l’instituteur, soit 200 francs, ni le coût forfaitaire du logement, soit 30 francs. La réaction virulente de la commune est donc consécutive de deux actions : le fait que l’Etat intervienne pour imposer, ou plutôt rétablir, une dépense obligatoire, et le fait que la commune a réutilisé les fonds précédement destinée au fonctionnement de l’école publique vers la construction du pont en pierre, la réparation des cloches et le projet de fontaines.

 

Le 29 mars 1895, le sous – préfet intervient à son tour. Il précise à la commune qu’il n’est pas possible d’obtenir une subvention pour payer l’indemnité de logement de l’instituteur. Qu’il n’est pas possible non plus de supprimer l’école, qui est obligatoire. Enfin, réunir les écoles de plusieurs communes aurait de graves inconvénients. Les conseillers municipaux, à l’unanimité, maintiennent leurs demandes, soit la subvetnion, la fermeture de l’école ou sa réunion avec celle d’une autre commune. Sans quoi, ils menacent de démissionner.

 

A partir de ce moment là, le conflit est ouvert entre le Conseil municipal et l’instituteur Dominique Rey, ou plus précisement, entre la Commune et les autorité de l’Etat, representées au niveau communal par l’instituteur, Dominique Rey.

 

Par délibération du du 7 juin 1895, le Conseil municipal demande que l’instituteur soit remplacé par une institutrice, conformement aux dispositions législatives concernant les écoles mixtes.

 

Dans le même temps, le Conseil municipal  accorde une indemnité exceptionnelle de 8 francs au garde forestier ainsi récompensé pour son zèle. Il accepte de mettre en place le système de santé pour les plus pauvres. 9 personnes sont concernées. Le coût, de 40 francs, est pris en charge à 80 % par le Département. Il faut aussi fair un nouvel emprunt pour le pont, auprés de M. Lafaille de Cazaux Debat. Enfin, il faut réparer les cloches de l’église, qui sont fêlées.

 

Le 3 mai 1896, ont lieu les élections municipales. L’enjeu est d’importance, car un bureau a été constitué, et le procés verbal de l’élection est rapporté sur le registre des délibérations.

 

Le bureau est constitué de deux anciens : Rameau Soutiras, né en 1836 et Valentin Fontan, né en 1838, et de deux jeunes : Louis Rey, né en 1872 et Joseph Davezan, né en 1873. Le secrétaire du bureau de vote est Prosper Davezan.

 

En application de l’arrêté préfectoral, le lieu du vote était la salle de l’école. Mais il y avait une ambiguité : il y avait deux pièces, celle servant de salle de classe, et celle que le maire souhaitait utiliser comme salle municipale, mais qui n’était pas en état. Et l’instituteur, Dominique Rey, refusait de donner les clés de la salle de classe au maire, Jacques Carrère. Ce n’est que vers huit heures du matin,alors que le scrutin aurait déjà dû être ouvert, qu’il consentit à ouvrir la salle de classe, le maire menaçant de télégraphier au préfet.

 

A l’issue du premier tour de scrutin, 28 bulletins sont trouvés dans l’urne. Sont élus au soir du  premier tour : François Despars, Prosper Davezan et Barthélémy Ferrou.

 

Au deuxième tour, furent élus avec 13 voix chacun : Jacques Carrère, Valentin Fontan, Jean – Bertrand Bégué, Rameau Soutiras, François Soutiras, Dominique Davezan et Bernard Carrère.

 

Jacques Carrère est réélu maire et François Soutiras, adjoint.

 

Le nouveau Conseil prend une nouvelle délibération refusant l’indemnité de logement de l’instituteur depuis 1894, et demandant le remplacement de l’instituteur par une institutrice. Il réitère sa demande six mois plus tard, le premier juillet 1896, précisant que la commune aurait beaucoup à gagner à cette substitution.

 

Le 24 janvier 1897, coup de théatre : la maison d’école a changé de propriétaire. Dominique Lacaze l’a vendue à…Louis Rey ! Et ce dernier refuse de la louer à la commune, le bail ayant expiré le 1er janvier 1897. Alors, le conseil municipal accepte de louer une maison appartenant àDominique Ferrou, « pour un prix très avantageux ». Elle est située au centre du village. De plus, il comprend un logement présentant les conditions de salubrité « exigées par l’administration ». Le premier mars, un bail est passé avec D. Ferrou pour le logement de l’instituteur, et un autre avec la veuve Fontan pour une chambre pouvant servir de salle de classe.

 

La fin prématurée de Dominique Rey

 

Dominique Rey tombe gravement malade le 2 octobre 1897. Il rentre chez lui, à Gouaux. Le 20 janvier 1898, le conseil municipal accepte de voter un crédit pour l’indemnité de logement de l’instituteur du 1er janvier au 1er mars 1897. Le 25 mai 1898, le Conseil municipal, mis en demeure par le Préfet, vote à la majorité un crédit supplémentaire pour le versement de l’indemnité de l’instituteur pour l’année 1897. Le maire, Jacques Carrère, démissionne. Le 2 mai 1898, son ancien ami, Dominique Rey, est décédé à Gouaux.

 

Décédé à l’age de 54 ans, Dominique Rey a mené une vie de combats, dans une commune où il s’est beucoup investi alors que ce n’était pas son village. Et certains lui ont fait cruellement ressentir.

 

La physionomie actuelle de la commune  lui doit beaucoup : c’est lui qui a fait construire la grange qui longe la rue principale du village, au niveau des fontaines. C’est lui qui a fait reprendre la configuration du passage devant sa maison, et le canal d’irrigation conduisant les eaux d’écoulement vers les prés à l’entrée du village. Il est aussi à l’initiative des fontaines sur la place, du pont de pierre sur la Neste, d’un nouveau règlement d’utilisation des forêts communales plus favorables aux petits propriétaires, de l’exploitation d’une scierie sur la Neste pour mieux exploiter les forêts. Il a combattu pour cela.

 

Ses détracteurs ne lui ont fait aucun cadeau. Farouches gardiens des libertés communales et des droits ancestraux des familles de souche, ces derniers ont combattu la mise en place d’un instituteur de la République, représentant de l’Etat dans la commune de Cazaux – Debat. Mais ses détractreurs ont perdu, du moins pour un temps. Malgrés eux, Cazaux – Debat est entré dans la modernité avec le fils de Dominique Rey, Louis Rey, élu maire en 1899 à l’âge de 27 ans.

commentaires

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