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Une famille de Cazaux – Debat : les Rey – 4ème partie : orages sur Cazaux - Debat

par amisdecazaux 30 Avril 2013, 09:11 Histoires du village

Tout allait bien, quand soudain, la guerre s’abat sur l’Europe, la France et n’épargne pas le village de Cazaux – Debat. Le maire, Louis Rey, doit faire face à des situations imprévues, soudaines, dramatiques. Avec toujours une idée en tête : amener l’eau jusqu’au village 

 

1914 – 1918

 

"Conseil municipal de Cazaux – Debat, séance du 30 août 1914

 

Distribution des correspondances

 

L’an mil neuf cent quatorze, le trente août, le Conseil municipal de Cazaux – Debat s’est réuni au lieu accoutumé de ses séances sous la présidence de monsieur Rey, maire.

 

Le Conseil appelle la bienveillante attention de Monsieur le directeur des Postes sur l’avantage qu’il y aurait pour notre commune à ce que le facteur parte du Bureau de poste de Bordères – Louron après l’arrivée du courrier de 11 heures.

 

De cette façon les correspondances nous parviendraient 24 heures plus tôt ce qui est fort appréciable pour notre localité.

 

D’ailleurs, cela n’entrainerait aucun frais supplémentaire. Ce ne serait qu’une modification apportée au départ du facteur qui serait reporté de 7 heures à midi.

 

Fait et délibéré à Cazaux – Debat le 30 août 1914. »

 

L’angoisse a commencé à monter début juillet. Le 28 juin 1914, l’Archiduc d’Autriche est assassiné à Sarajevo (Empire d’Autriche – Hongrie) par un Serbe. Il était héritier du trône d’Autriche Hongrie, un empire miné par les revendications nationalistes en particulier dans les Balkans. Depuis la fin du XIXème siècle, de nouveaux pays sont apparus dans la région, aux dépends des deux empires longtemps antagonistes, l’empire ottoman et l’empire austro – hongrois. Ils sont soutenus par la Russie, alliée à la France. De nombreuses communautés serbes sont présentes dans l’empire austro – hongrois, en particulier en Bosnie, en Herzégovine, et dans les Kraienas, ces régions qui ont longtemps constitué la frontière entre le monde ottoman et autrichien. Les serbes revendiquent donc ces régions, ce que l’attentat a symbolisé, bien que le groupe responsable soit composé de nationalistes bosniaques (serbes, croates et musulmans). En ce début d’été 1914, la Dépêche du Midi explique  que cet assassinat peut déclencher une nouvelle guerre dans les Balkans. Le 7 juillet, l’Autriche – Hongrie adresse un ultimatum à la Serbie, dont un des termes est irréalisable. Le 25 juillet, les relations entre les deux états sont rompues. La Serbie se tourne vers son allié, la Russie. Le 28 juillet, l’Autriche – Hongrie déclare « une guerre préventive » à la Serbie. "Une guerre préventive", aurait dit le vieil empereur Austro-hongrois François – Joseph, "c’est comme un suicide par peur de la mort".

 

Pendant ce temps, à Cazaux –Debat, c’est l’heure des foins et des commentaires sur les efforts des uns pour maintenir la Paix, des autres qui veulent la revanche, des gouvernements français, allemands, britanniques, qui s’agitent. Les supputations vont bon train et l’inquiétude gagne. La guerre, on ne l’a pas connue depuis 1870, mais les anciens s’en souviennent. Le père de Louis Bégué en est revenu mutilé et marqué à tout jamais. "Le plus grand danger à l’heure actuelle n’est pas, si je puis dire, dans les événements eux-mêmes. […] Il est dans l’énervement qui gagne, dans l’inquiétude qui se propage, dans les impulsions subites qui naissent de la peur, de l’incertitude aiguë, de l’anxiété prolongée" écrit Jean Jaurès le 30 juillet, quelque heures avant sa mort. Jaurès qui désespérément, a essayé de maintenir la paix au moins entre la France et l’Allemagne.

 

Le 30 juillet, la Russie mobilise. Dans l’état où se trouve l’Autriche – Hongrie, il est évident qu’une entrée en guerre de la Russie entrainerait la défaite et sans doute la dislocation ce viel empire d’Europe centrale. Alors, l’Allemagne mobilise pour soutenir son allié.

 

Le 1er août, à 16 heures 25, une affiche jaune manuscrite est placardée sur la porte de la Préfecture de Police, à Paris puis sur tous les bureaux de postes et bâtiments publics de la capitale. Dans  les heures qui suivent, l’affiche blanche d’appel à la mobilisation est placardée sur les portes de toutes les communes de France. Cette fois, c’est la guerre.

 

ordre-de-mobilisation-generale-aout-1914

 

A Cazaux – Debat, ils s’appellent Pierre et Charles Ferrou, les deux frères,  François et  Jean – Marie Soutiras,le père et le fils, Prosper Davezan, Pierre Ferras, Louis Lafaille. Ils ont entre 20 et 45 ans : ils doivent rejoindre leur régiment. Ils préparent leurs affaires, font les braves.

 

Louis Rey, le maire, les conduit au train, à Arreau.

 

le-depart-des-fantassins-aout-19914.jpg

 Le départ des fantassins - Août 1914

 

Déjà, les Allemands sont à l’offensive. Dès le 4 août, ils attaquent en Belgique, entrainant l’entrée en guerre de ce pays et aussi de son allié, la Grande- Bretagne.

 

Ceux de Cazaux – Debat sont répartis dans différents régiments, en fonction de leur affectation militaire antérieure. Suivons les évolutions du 57ème régiment d’infanterie où Louis Bégué est affecté. Le régiment est regroupé à Libourne, en Gironde, et à Rochefort, en Charente maritime. Les mobilisés viennent du Sud ouest et d’autres départements, jusqu’à la région parisienne. C’est un grand brassage. Certains parlent surtout leur patois et ont du mal à se faire comprendre.

 

Les premiers à partir sont ceux qui étaient en train d’accomplir leur service militaire. Ils sont acheminés vers la Lorraine, en train les 5 et 6 août. L’attaque allemande ayant lieu en Belgique, ils sont redirigés vers ce pays. Le 22 août, ils sont en Belgique et le 23 août c’est le premier affrontement. Violent. Très violent. Le 1er bataillon du régiment, qui en compte 3, est engagé dans la bataille. A la première charge, un tiers de ses effectifs est mis hors de combat.

 

L’armée française et ses alliés anglais et belges entament leur retraite. Cela consiste a se replier dans le meilleur ordre possible, les compagnies d’arrière garde cherchant à surprendre l’ennemi par de rapides contre attaques pour permettre pendant ce temps aux troupes placées en défense de se replier un peu plus loin.

 

Le 28 août, à Guise, le 57ème RI qui est en contre-attaque pour couvrir la retraite, subit de terribles pertes. Puis, du 5 au 13 septembre, c’est la bataille de la Marne, où l’avancée des troupes allemandes est stoppée. Entre le 14 et le 18 septembre, à la Ville aux bois, le régiment perd 1100 hommes, le tiers de ses effectifs.

 

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Ensuite, le front se stabilise. Les belligérants s’enterrent. C’est ce que l’on appelle « la guerre des tranchées ». Le paquetage des soldats français se modernise : le pantalon rouge est abandonné au profit de la tenue « bleue horizon », il est doté d’un nouveau fusil, d’un casque, appelé « Casque Adrian » du nom de son inventeur, également inventeur de la « cabane Adrian », utilisée pour tous les camps provisoires jusque dans les années 1940.

 

La guerre, c’est beaucoup de déplacements en chemins de fer, en camion, à pied. Des attentes, des prises de postes ou des gardes où il ne se passe rien. Des moments où il faut aller chercher la nourriture. Des moments où on creuse, on construit des abris, on fait de la maintenance du matériel, de ses affaires : on lave, on cout, on écrit, on fait de l’instruction militaire pour s’adapter aux évolutions tactiques et techniques de l’adversaire.  C’est surtout du stress, de l’angoisse qu’il faut surmonter. Pour cela, les soldats sont occupés, les permissions sont rares surtout jusqu’en 1917, et de nouvelles habitudes sont prises : le tabac à fumer fait partie du paquetage, c’est bon contre le stress et pour enlever les odeurs de cadavres humains ou d’animaux. Le vin, « le pinard » est généreusement fourni. Jusque là, dans  de nombreuses régions, en particulier les Pyrénées, la boisson quotidienne, c’était le cidre et ailleurs, la bière.

 

Et il y a la guerre, terrible, épouvantable. Comment raconter ?

 

A Cazaux – Debat, même si ceux qui sont partis combattre sont revenus, toutes les familles sont endeuillées par la mort d’un cousin, d’un neveu, d’un oncle.

 

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 Fantassin posant pour la famille - 1914

 

Il s’appelait Jean - Marie Joseph Dominique Lacaze. Il était né à Cazaux  Debat. Il était parti en Tunisie au début des années 1900. En août 1914, il est militaire au 8ème tirailleur tunisien. C’est une unité quai- professionnelle, qui est engagé à ce moment – là dans des opérations militaires dans le sud marocain. Le régiment part en France, et participe à tous les engagements : La retraite en Belgique, la Marne, la course à la mer, la guerre des tranchée en 1915 avec l’apparition des gaz mortels. Et en 1916, la bataille de Verdun.

 

A l’automne 1916, le 8ème tirailleur algérien est engagé dans la contre-offensive de l’armée française conduite à Verdun dans la boue et sous la neige : « La pluie se met de la partie Le terrain de combat n'est plus qu'un vaste cloaque. Les ravitaillements en munitions, outils, vivres, deviennent de plus en plus difficiles. Il faut quatre heures à un coureur pour aller du PC. du Colonel à la première ligne, et nombre d'entre ces braves gens ne sont jamais revenus. » [journal de l’unité, combats du 25 octobre].  Au cours de ce combat, le régiment de 2000 soldats a perdu en quelques jours 11 officiers tués ou blessés, 195 hommes de troupe tués et 667 blessés, 87 disparus.

 

Le 15 décembre, « à 10h30 précises, l'attaque est donnée. Les vagues d'assaut sortent de la tranchée. Vers 11h15, les 2e et 4e Bataillons avaient atteint leurs objectifs respectifs.  Le 5ème Bataillon qui s'est porté du Ravin des Trois Cornes au Ravin de la Couleuvre, dés l'attaque, continue à 13h38 sa progression vers la carrière Albain. Le mouvement de faible amplitude s’effectue non sans quelques pertes, la zone à traverser étant battue par un violent barrage de l'artillerie ennemie. ». Parmi les morts, se trouve le sous – lieutenant Jean - Marie Lacaze.  Il avait 35 ans.

 

fiche-Lacaze.jpg

 

Les combats continuent : « Le 17 décembre, les conditions climatiques étaient déplorables, les hommes s’enfoncent jusqu'aux genoux dans une boue glacée; la neige ne cesse de tomber. Les travaux de l'organisation de la position sont de ce fait rendus extrêmement pénibles et les Tirailleurs, soumis à un bombardement ininterrompu, ont à souffrir plus encore des intempéries que du feu.  Le 17 décembre, en raison des vides produits par le feu et le froid, le 4e Bataillon est remplacé par le 5e en première ligne quoique lui même très diminué.  Le 2e Bataillon est relevé également le 18, après avoir subi des tirs de harcèlement et des bombardements incessants.  Le 20 décembre, la relève de toutes les unités du Régiment était terminée et les Bataillons furent transportés en auto à Demange-aux-Eaux (Meuse). 

 

Les pertes témoignèrent de l'effort déployé dans ces pénibles journées ; le Régiment comptait en effet :  63 tués, 326 disparus, 487 blessés, 526 hommes évacués pour pieds gelés. 
 
Les succès du  24 octobre et du 15 décembre assuraient le triomphe définitif de nos armes devant Verdun. ». En effet, la bataille se termine par une victoire de l’armée Française, qui a fait de nombreux prisonniers. 

 

A Cazaux – Debat, la vie continue. En 1916, pour la première fois, une femme est désignée pour faire partie d’une commission représentant les  exploitants agricoles. Elle s’appelle Vincente Soutiras.

 

Le maire doit organiser l’économie de guerre, car tout est rationné. La farine, les autres produits alimentaires dont les prix sont règlementés pour éviter la spéculation. Les prix flambent à cause de la guerre. La commune achète d’ailleurs des obligations d’Etat avec les 500 francs que lui a procurés la concession des terrains pour le passage du canal

 

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      Affiche distribuée dans les mairie pour indiquer les restrictions

 

Et les mauvaises nouvelles continuent d’arriver du front. Pierre Ferras, le vallet de ferme des Bégué, est prisonnier dans le nord de l’ Allemagne, dans la région d’Hambourg.

 

Sa famille, les voisins de son enfance, n’ont pas été épargnés par la guerre : Jacques Ferras, de Vignec, à côté du village natal de Pierre Ferras, tué à l’ennemi le 21 décembre 1914, à 3 jours de son 32ème anniversaire. Dominique Ferras, de Soulan, le village de Pierre Ferras, tué à l’ennemi le 21 décembre 1914, lui aussi, à l’âge de 25 ans. Jean – Baptiste Ferras, né à Vignec et parti ensuite en Algérie, tué le 26 septembre 1915 à l’âge de 30 ans. Barthélémy Ferras, de Seillan, mort le 8 octobre 1918 d’une « maladie contractée en service. » Peut-être la grippe espagnole qui fait des ravages à ce moment –là dans toutes les armées. Comme lui, le caporal Verdier, né à Arreau avant de partir pour Alger, est décédé le 12 septembre 1918 « des suites d’une bronco – pneumonie ».

 

Pierre Joseph Lacaze était de Ris. Il est mort le 22 juin 1915 d’une maladie contractée en service : la fièvre typhoïde. Il était caporal.

 

Enfin, parmi les centaines de morts des vallées d’Aure et du Louron, on peut citer Alexis Fontan, de Cazaux – Frechet : il a disparu le 28 août 1914, et déclaré mort à la date du 28 septembre 1914 par un jugement intervenu le 22 juillet 1920.

 

La construction du canal

 

A Cazaux – Debat, la guerre, c’est aussi la construction du canal qui traverse le territoire de la commune en ces années 1917 – 1918.

 

Le canal a changé de destination non pas d’un point de vue géographique, mais juridique. Conçu au départ pour alimenter une usine hydroélectrique à des fins civiles, il s’agit maintenant d’alimenter en électricité l’usine d’azote de Lannemezan, produit utilisé pour garnir les obus fabriqués notamment à Tarbes et à Toulouse.

 

canal  Le canal qui traverse la forêt de Cazaux - Debat est couvert, mais pas enterré

 

Aussi, il y a urgence à hâter les travaux. Pour ce faire, une importante main d’œuvre a été mobilisée : en période de guerre, participent en premier lieu 403 réservistes mobilisés, c’est-à-dire les hommes trop vieux pour aller à la guerre. Il y a aussi 187 alsaciens – lorrains, réfugiés en France en 1914 pour ne pas se battre contre leurs cousins mobilisés dans l’armée française et qui n’ont pas été de ce fait mobilisés par l’armée française. Toute cette main d’œuvre a une caractéristique : il ne s’agit pas, à proprement parler, de « travailleurs libres ». Ils sont là sur décision militaire, mal payés, peu qualifiés et peu encadrés. On trouve également 55 français non mobilisés, des ouvriers spécialisés trop vieux pour êtres mobilisés, et 15 espagnols. Leur pays n’est pas en guerre, et cette main d’œuvre est précieuse. Elle le sait, et n’hésite pas à faire valoir ses revendications soit par la grève, soit en quittant le chantier pour repartir en Espagne. Si les conditions sociales sont disparates du fait des divers statuts et contrats, les conditions de vie ne sont pas désagréables. Cantonnés à Bordères Louron, ils ont à leur disposition un commerce florissant et temporaire de cafés, de bistrots et d’estaminets divers. Une grande animation a gagné Bordères, où le vin coule à flot.

 

alsaciens lorrains

 La construction du canal du Louron

 

L’hiver est rude et le chantier avance difficilement. Une première décision a été prise : le canal ne sera pas enterré comme prévu initialement, il sera seulement couvert et des passages seront aménagés pour pouvoir passer de part et d’autre de l’ouvrage.

 

Cette décision est fortement contestée à Cazaux – Debat, car elle remet en cause l’exploitation de la forêt qui alimente la scierie de La Prade. Mais, « attendu que les travaux sont entrepris pour les besoins de l’Etat et pour la défense nationale », le Conseil municipal est disposé à accepter les indemnités que semblent vouloir lui proposer l’entrepreneur.

 

En  avril 1918, dans le froid et sous la neige, un évènement considérable a lieu : le pré des Coureyes, en face du pont de Cazaux – Debat est réquisitionné pour accueillir un camp de 140 ouvriers coloniaux des provinces de l’Indochine Française, en particulier du Tonkin et de l’Annam. Ils sont encadrés par 3 agents de la Poudrerie de Toulouse, et 11 caporaux, des ouvriers coloniaux qui ont des responsabilités d’encadrement. La plupart des habitants du village, et de la vallée, n’imaginent même pas que l’on puisse avoir une autre apparence physique qu’un européen. Ces hommes restent entre eux, parlent leur langue, sont habillés du bleu des ouvriers et ont les cheveux courts, à la mode des militaires. Pourtant, bien des années après, une vieille femme de Lançon avait gardé dans sa mémoire le souvenir « d’hommes à la longue natte » qui lui faisaient peur quand elle passait devant leur camp en venant de Lançon alors qu’elle allait travailler à la scierie de La Prade. Ils ont malgré ces réticences des contacts avec la population. Bertrande Lacaze, une jeune fille du village, a par exemple était embauchée comme cantinière dans le camp. Ils peuvent sortir, ils ne sont pas prisonniers. Ils reçoivent des visites d’Arreau, d’après les rapports de police.

 

 peintres d'obus

 Peintres d'obus indochinois à l'arsenal de Tarbes

 

En ce mois d’août 1918, il fait très chaud, tout particulièrement dans le prés des Coureyes où se trouve leur camp, composé de 3 cabanes « Adrian » de 60 places chacune. Et plusieurs dizaines d’entre eux commencent à être frappé d’une espèce de bronco - pneumonie.

 

Les deux premiers qui paraissent les plus gravement atteint sont conduits au village, chez le maire, Louis Rey. Ils sont soignés par sa femme et par le médecin. Ils décèdent le 15 août. Ils sont enterrés dans le cimetière du village. Mais l’épidémie a gagné le camp : ce sont des dizaines de travailleurs « annamites » environ 80 sur les 130 alors présents dans le camp, qui sont touchés. Le maire est très présent. En tant que maire, c’est lui qui est chargé de prendre des dispositions concernant l’hygiène. La décision a été prise de transférer les malades à Arreau, où à cette époque, l’ancien couvent est une annexe de l’hôpital de Tarbes. Mais les malades sont trop nombreux et l’épidémie commence à gagner la ville d’Arreau. Alors il est décidé qu’ils resteraient dans leur camp, malgré les conditions sanitaires dans les cabanes. Le maire délivre les certificats de décès. En 15 jours, 19 travailleurs décèdent. La population est effrayée, d’autant que l’épidemie gagne le camp des autres travailleurs et l’encadrement. Aussi, les 8 derniers travailleurs coloniaux qui décèdent sont enterrés au dessus du camp, en bordure de la forêt de Cazaux – Debat.

 

Histoires-du-village 0260-copie-1

  La stèle à la mémoire des travailleurs coloniaux vietnamien au cimetière des annamites

 

Le dernier travailleur vietnamien est décédé le 30 août, les autres se rétablissent ou n’ont pas été malades. Mais l’épidemie gagne la vallée et fait des centaines de morts entre septembre 1918 et le printremps 1919. Ce fléau, appelée la « grippe espagnole » a fait au total, dans le monde, environ 40 millions de morts, beaucoup plus que la première guerre mondiale. 

 

La guerre se termine officiellement sur le font occidental le 11 novembre 1918.

 

 Les dernières offensives ont été meurtrières. A Barrancoueu, le village de Maria Compagnet, la femme du maire, Jean-Marie Compagnet a été tué le 4 novembre dans les Ardennes. Il avait 20 ans.

 

Le retour des combattants se fait dans un climat de deuil. Il est échelonné : certains, blessés, mutilés sont déjà rentrés ou attendent dans des hôpitaux. D’autres sont acheminés sur d’autres fronts, en Orient où la guerre se poursuit.

 

Charles Ferrou est rentrés gravement intoxiqué par les gaz utilisés par l’armée allemande.

 

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 Charles Ferrou, ancien combattant de la guerre de 1914-1918

 

D’autres sont revenus avec des blessures de guerre. Louis Bégué, reconnu malade dépressif du fait de sa mobilisation par les autorités militaires, est mort le 19 septembre 1918. Il a laissé une veuve et un orphelin. Louis Rey obtient le statut de veuve de guerre et d’orphelin de guerre pour eux.

 

Fiche-Begue.JPGFiche de décès de Louis Bégué  

 

La guerre a transformé les hommes. Ils ont vu du pays, rencontrés des personnages venus de toutes la France avec leurs façon d’être, leur patois, leur argot. Pierre Ferras, qui n’était jamais sorti des Pyrénées, est allé jusqu’à Hambourg. Il a traversé toute l’Allemagne, à pied à l’allée, en train au retour.

 

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 1918 : le retour des prisonniers de guerre

Source : Larousse.fr

 

Jean-Marie Soutiras a épousé sa correspondante de guerre, une parisienne souffrant de tuberculose. Elle décède quelques temps après avoir donné naissance à un garçon, André. Ses parent viennent de Paris et prennent la gestion des bains de La Prade, pendant de nombreuses années.

 

François Soutiras, l’adjoint,  est parti à la guerre alors qu’il avait 40 ans passés. Il est  rentré de la guerre mutilé ; Il est très affaibli et perçoit une pension.  

 

Désormais, les hommes fument, boivent du vin, s’habillent en bleu de travail comme les ouvriers parisiens. Les femmes s’habillent en noir. Le pays est peuplé de femmes en deuil.

 

La guerre a entrainé des hausses de prix. Désormais, le prix du pain est règlementé et les plus pauvres bénéficient de tarifs réduits sur les bons d’achat de pain, à condition de se fournir chez le boulanger choisi par la Commune. Pour Cazaux – Debat, il s’agit de M. Sajous, à Arreau.

 

Les affaires reprennent.

 

En 1919, un nouveau Conseil municipal est mis en place. Louis Rey est réélu maire. Il n’est pas en forme. Il a seulement 47 ans, mais il est très malade. Il est diabétique, et sa vue est de plus en plus mauvaise. Son adjoint est François Soutiras. A prés de 100 ans, Jacques Carrère est toujours conseiller municipal !

 

Le conflit entre la commune et Baptiste Lafaille au sujet des arbres abattus par ce dernier a survécu à la guerre : le tribunal civil de première instance de Bagnère de Bigorre doit se prononcer. Monsieur le Maire est autoriser par son conseil à se rendre à Bagnères pour suivre les débats et défendre les intérêts communaux.

 

Le maire prend également un arrêté relatif à la propreté du village :

 

« Article 1er : Il est interdit de jeter sur les places et chemin du village des immondices et détritus de toutes sortes.
Article 2 : Il est interdit de faire des dépôts de fumier sur la voie publique et en tous lieux, propriétés privées ou autres, permettant l’écoulement du purin sur les places et chemins du village.
Article 3 : chaque habitant fera balayer la voie publique au devant et autour de sa maison dans les endroits qui lui seront désignés par le conseiller municipal délégué à cet effet, au moins une fois par semaine.
Article 4 : Les contraventions aux présents arrêtés seront constatées par des procès – verbaux et poursuivies conformément aux lois.

 

Fait à Cazaux – Debat le 28 août 1921


Le maire,
Louis Rey »

 

Cet arrêté en dit long sur l’état du village auparavant. Les fermes Bégué et Davezan, en particulier, avaient leur tas de fumier à côté de la grange, en haut du village. Et le purin s’écoulait sur la place, devant la mairie, puis dans la Carrère ou dans la rue principale devant les fontaines en construction. A la suite de cet arrêté, les familles concernées ont déplacé leur tas de fumier, l’un à Suscarrère, au niveau du dernier grand virage avant d’entrer dans le village, et l’autre, au bas de la carrère. Outre le fumier, les habitants dont la maison donnait sur la rue avaient également l’habitude de jeter par la fenêtre leurs « eaux usées ». C’est pourquoi les passants avaient l’habitude de manifester leur présence par un comportement approprié : sifflements, chants, etc.  

 

Ces habitudes ont perduré longtemps après la prise de l’arrêté, qui doit être toujours en vigueur.

 

Les fontaines

 

Le 31 décembre 1919, le Conseil municipal se réunit avec à l’ordre du jour : les fontaines.

 

Par suite de l’état de guerre, les travaux projetés n’ont pu être exécutés. Les prix des matériaux ont considérablement augmenté depuis 1914, et le conseil municipal doit accepter un nouveau bordereau de prix beaucoup plus élevé.

 

Les travaux et autres frais (expropriation, études, maitrise d’eouvre) s’élèvent à 20 000 francs environ. La commune peut y consacrer 4 000 francs. Il reste donc 16 000 francs à trouver pour couvrir la dépense. C’est le maire, Louis Rey, qui avance la somme.

 

Un contrat est passé entre le maire et la commune :

 

 « M. Louis Rey s’engage à payer à la commune au taux de 6 francs 50 pour 100 la somme de 16 000 francs qu’il versera dans la caisse de Monsieur le receveur municipal après approbation du présent traité.


Cette somme sera remboursable le premier août 1923. L’intérêt annuel soit 1040 francs sera payable le 31 décembre 1921 et le 31 décembre 1922 alors même que la commune voudrait le libérer par anticipation ».


Pour rembourser la dette, la commune a deux recettes possibles : une coupe de bois, ou l’indemnité que devrait lui verser l’exploitant du canal du fait des dégâts signalés pendant la guerre, et qui n’ont toujours pas fait l’objet d’un règlement.

L’argent ne rentre pas. Le maire, qui est également le créancier, accepte de repousser le paiement en 1924, puis 1925, 1926… Est-il seulement rentré un jour dans ses fonds ?

 

L’adjudication pour les travaux a lieu le dimanche 21 août 1921 à 11 heures. C’est l’entreprise Chappat qui est retenue.

Le maire obtient la concession gratuite d’eau potable pour sa propre maison, en contrepartie du passage des canalisations d’eau potable et d’eau usées dans ses propriétés. Cette concession gratuite est étendue à l’ensemble des habitants de la commune qui le souhaitent. Elle est incluse dans les 20 000 francs grace aux économies réalisées sur le non versement des indemnités d’expropriation.

 

En 1922, deux nouveaux conseillers municipaux sont installés en lieu et place de François Soutiras et de Jacques Carrère. Il s’agit de Pierre Ferras et de Baptiste Lafaille : le contentieux semble être réglé avec ce dernier. Pierre Ferras représente, en quelque sorte, la "maison Bégué" qui n’est plus présente au Conseil municipal du fait du décès de Louis Bégué en 1918.

 

Deux candidats se présentent à la fonction d’adjoint : Prosper Davezan et Saturnin Lacaze. C’est Prosper Davezan qui est élu, par 8 voix contre deux.

 

Le 18 juin 1922, les travaux d’adduction d’eau sont terminés. Le projet aura pris 18 ans pour aboutir, mais ce n’est pas seulement des fontaines qui sont en place, avec un lavoir et un abreuvoir pour le bétail. C’est aussi l’eau courante qui est délivré à tous les habitants de la commune, à domicile. C’est un énorme progrès, surtout pour un si petit village.

 

Un détail, encore visible quand on passe devant le lavoir : le maire avait insisté pour que les lavandières soient face à la rue, afin que leur position ne puisse prêter à penser aux hommes passant par là, ce qui aurait pu être le cas si elles avaient été installées dos au passage...

 

La fontaine

 Les fontaines de cazaux - Debat, l'abreuvoir puis le lavoir

 

Par ailleurs, la commune reçoit une proposition d’indemnité pour le canal : 13 000 francs. Trouvant la somme dérisoire, le Conseil municipal demande au Préfet de « vouloir bien intervenir auprés de Monsieur le ministre de la guerre afin qu’il veuille bien faire nommer un agent plus compétent, actif, et agissant sans parti pris, qui s’occuperait sérieusement de cette question en suspens depuis plusieurs années alors que les communes avoisinantes se trouvant dans le même cas ont obtenu satisfaction. »

 

La commune entame deux procés : un pour obtenir une meilleure indemnisation pour le canal, l’autre concernant la ligne électrique construite par la Société des produits azotés et qui a pour finalité, en contrepartie de la construction du canal, de fournir en électricité les communes de la vallée. Ainsi, le village de Cazaux – Debat est équipé dès le début des années 1920 d’un réseau électrique pour toutes les maisons, et cette électricité est gratuite : cet avantage avait été inclus dans l’accord passé en 1912 avec les constructeurs du canal. La concession a pris fin au début des années 2000. Elle avait été conclue pour 8 kw/h, ce qui était beaucoup en 1912, mais peu à la fin du siècle.

 

 Fin d’une époque  

 

Aveugle depuis 5 ans, rongé par le diabète, Louis Rey est mort en 1927 à l’âge de 54 ans. Il a fait entrer le village dans la modernité du XXème siècle : l’eau courante, l’électricité, la salubrité publique, la mise en œuvre de mesures pour venir en aide aux plus nécessiteux. C’était aussi un maire paternaliste. Il s’occupait de ses concitoyens pour les protéger ou pour les punir. Il s’était particulièrement occupé du petit Jean Bégué, pour qu’il ait toutes ses chances au certificat d’études. Il avait acheté en viager la maison de Thérésia Verdier, veuve Despars, pour lui assurer un petit revenu, elle qui n’avait rien, et lui permettre de garder sa ferme au milieu du village.

 

 C’est Saturnin Lacaze qui lui a succédé comme maire, puis Pierre Ferou.

 

Louis Rey était un industriel dont l'entreprise fonctionnait à l’énergie hydraulique. L’arrivée de l’électricité lui aurait permis de la moderniser, mais sa santé le lui a interdit. Ses enfants ne souhaitaient pas la reprendre, alors elle fut vendue, elle ne fut pas modernisée et elle périclita.

 

Sa veuve, Maria Rey, avait 49 ans en 1927. Elle allait vivre jusqu’en 1972.

commentaires

Lemaire 26/04/2014 12:23

Il y a quelques temps nous nous étions contactés pour les événements de la 1ere guerre mondiale je vous avais donné des indications assez brèves sur mes oncles FERROU .En faisant des recherches, les archives municipales du 65 mettent en ligne des informations sur les registres militaires.
J'ai donc cherché celle de Charles né le 29/9/1889 classe 1909 n° de classement 1401 et celle de Pierre né le 25/11/1895 classe 1915 classement 1473 à la page 891.J'ai même celle de leur père Barthélémy né 29/8/1860 Classe 1880 n° 1559 page 72.
Vous pourrez même retrouver d'autres personnes de Cazaux.
Si vous avez des difficultés pour accéder je vous enverrai les images de ces livrets militaires.
Cordialement Albert Lemaire

snoring causes 09/04/2014 13:59

It is unfortunate to know that everything was going on well, when the war came upon France, crippling it and throwing the balance out through the window. It ruptured the country and tore apart many families from their villages.

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