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Les Montespan dans le Louron - La brute : Roger 1er d’Espagne, chevalier du siècle de fer

par amisdecazaux 2 Décembre 2013, 23:39 Histoires du village

Roger 1er d'Espagne Montespan fut seigneur de Montespan, baron de Bordères et du Louron, seigneur de Montréjeau avec le Roi de France, allié de Gaston Febus et Sénéchal de Carcassonne. Chevalier, il participa à la croisade contre les Flamands et aux luttes entre castillans et portugais. Il prit part à la guerre menée par le comte de Foix contre les Armagnac. Il lutta jusqu’à la fin de sa vie contre les routiers. Ce fut un seigneur de son temps, guerrier brutal et aussi, fin diplomate et politique apprécié autant du roi de France que des trois comtes de Foix qu’il fréquenta de près et à qui il rendit de grands services.

 

Roger était le fils d’Arnaud III d’Espagne, baron de Montespan et de Bordères (en Louron) et proche des rois de France Jean II, Charles V et Charles VI. Arnaud III avait épousé Gaillarde de Miraumont, issue d’une noble famille du Périgord alors qu’il était sénéchal du Quercy et du Périgord. Il fut aussi sénéchal de Carcassonne et de Béziers, compagnon d’arme de du Guesclin, prisonnier à la bataille de Poitiers, ce qui coûta 6000 écus à sa famille.

 

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 Armoirie d'Arnaud d'Espagne Montespan

 

Le seigneur de Montespan.

 

Entre Saint-Gaudens et Saint-Martory, à la hauteur de Labarthe-Inard, on aperçoit sur l'un des coteaux qui domine la rive droite de la Garonne, les vestiges encore imposants d'un vieux château féodal. Ces ruines sont celles du château de Montespan, siège autrefois d'une baronnie du même nom et fief de la maison d'Espagne-Montespan.

 

Originaire de la Vallée du Louron, la famille d'Espagne comptait parmi les plus anciennes maisons de chevalerie du Comminges. Plusieurs de ses membres acquirent un renom de vaillants capitaines d'abord dans les luttes qui vers l'an 1000 libérèrent le pays des 4 Vallées de la domination sarrasine et plus tard dans les expéditions contre les infidèles, en Espagne et outre-mer, notamment pendant les croisades du roi Saint-Louis.

 

Déjà puissante par ses biens et sa renommée, la maison d'Espagne prit une particulière importance vers le début du XIIIème siècle par le mariage de Grise d'Espagne, fille d'Arnaud d'Espagne, baron de Bordères en Louron et Seigneur de Montespan, avec Roger de Comminges, quatrième vicomte du Couserans. De cette union naquit Arnaud de Comminges vicomte de Couserans, comte de Foix, dont le 3ème fils Arnaud de Comminges d'Espagne premier du nom fut le chef de la maison proprement dite "Barons d'Espagne de Montespan".

 

A cette époque, la baronnie de Montespan comprenait en plus de la Seigneurie de Montespan et des Vallées Pyrénéennes de Louron et Larboust, une partie de vastes biens de la maison de Foix : La Bastide de Montréal (aujourd'hui Montréjeau), fondée en 1272 avec le roi de France, la Seigneurie de Lécussan, la Châtellenie d'Ausson.

 

Erigé vers le début du XIIIème siècle, le château de Montespan était une forteresse où logeait une compagnie de 50 gens de guerre. Elle était réputée "clef de France", du côté de l'Espagne. Le Seigneur y devait tenir un capitaine, conserver les murailles en bon état de défense et veiller à la sécurité des ports et passages du Couserans vers l'Espagne.

chateau-de-Montespan-copie-1.jpg

Depuis le château, les barons d'Espagne ne se limitèrent pas à ce rôle de gardiens des frontières. Aussi bons chevaliers que seigneurs opulents, ils fournirent au cours des siècles, à la couronne de France, toute une lignée de vaillants guerriers qui s'illustrèrent sur les champs de bataille ou de grands dignitaires civils et ecclésiastiques.

 

Le baron de Bordères

 

Roger d’Espagne était baron de Bordères en Louron et des villages alentour : Ris (peut-être appelé encore Arris à cette époque), Cazaux –Debat ou Cazaux Jus, Jezeau, les Bareilles, Gouaux et Ilhan. Pour le reste de la vallée du Louron, il était suzerain d’un ou de plusieurs chevaliers et écuyers, qui étaient ses vassaux.

Le château de Bordères – Louron était bâti sur une butte de terre au nord-ouest du village actuel. Il n’en reste que quelques vestiges de l'enceinte polygonale et une partie de la chapelle, aujourd'hui transformée en maison.

 

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La vallée du Louron avec au fond le village de Bordère, où se trouvait le chateau


L'entrée, située au niveau de la place du Trépadé, se faisait par un pont-levis. La forteresse fut construite à la fin du XIIIe siècle, en pierre de taille. Entre 1308 et 1311, la maison d'Espagne-Montespan transforma le château et l'aménagea en conséquence : le logis du seigneur, le donjon et la chapelle furent élevés.


Le seigneur était peu présent dans les montagnes, pays des hommes libres, les besiis, classe sociale et politique qui s’opposaient aux questaus, les serfs, encore présents au XIVème siècle, et aux crestiaas (les cagots). Il pouvait néanmoins exister encore des questaus dans les vallées et surtout, beaucoup de brassiers.
 
Les hommes libres se regroupaient en vésiaus. Les terres cultivables étaient regroupées en casaus, eux-mêmes morcelées en ostau. Les vallées étaient plus ou moins structurées selon les chartes obtenues. Le Louron était assez fragmenté, et le seigneur d’Espagne peu présent. Roger 1er venait dans son château de Bordères, sans doute pour régler quelques différents entre communautés, et pour la chasse. Peut être aussi ses sergents ont-il du recruter des hommes habiles dans l’art de la chasse pour participer aux chasses et aux guerres du baron.

 

La chasse : ce devait être là le lien entre le seigneur et les populations des montagnes. Un lien où les uns et les autres étaient presque placés sur un pied d’égalité. Car les montagnards avaient le droit de chasse, et la garde des places fortes en montagne.

 

C’est Gaston Febus qui en parle le mieux, dans son livre de chasse :

 

Livre_de_Chasse_51v.jpg  Le livre de chasse de Gaston Febus illustration XVème siècle

 

Sur les populations des montagnes :

 

« Il arrive que dans les forêts, les bruyères et les landes, les pâtres  mettent le feu et brulent le pays afin d’y faire pousser l’herbe nouvelle pour leur bétail ». L’hiver, quand le bétail descend de la montagne, les loups descendent derrière, pour avoir leur vie. » « Quand le veneur voudra chasser le bouc sauvages ou le bouc isard, il le doit chasser en la saison que j’ai dite et il doit s’en aller passer la nuit précédente au sommet des montagnes, dans les cabanes où gisent les pâtres qui gardent le bétail. Et il doit avoir parcouru huit jours auparavant ou plus tôt encore tous les pays de montagne, les accoures et les fuites, et avoir fait des haies et tendus des réseaux devant les rochers où ils se pourraient  arrêter ».
« La peau du bouc isard est très chaude quand elle est bien préparée et prise en bonne saison, car ni le froid ni la pluie ne la peuve pénétrer, si le poil est dehors. Et dans mes montagnes, les gens en sont plus vêtus que d’écarlate et en sont faits aussi leur chausse et leur souliers ; car de ces bêtes, il y en a beaucoup et en une seule fois  j’ai vu, pendant l’hiver,  qu’on en voyait plus de cinq cents. »

 

Et plus spécifiquement, sur le chasseur en montagne :

 

« Quand le veneur se lève au matin, il voit la très douce et belle matinée et le temps clair et serein et il entend le chant des oiselets qui chantent doucement, mélodieusement et amoureusement chacun en son langage, du mieux qu’ils peuvent, selon ce que la nature leur apprend. Et quand le soleil sera levé, il verra cette douce rosée sur les branches et sur les herbes et le soleil, par sa vertu, les fera reluire. C’est grand plaisir et joie au cœur du veneur. Et quand il s’en revient à l’hôtel,  il s’en revient joyeusement, car son seigneur lui a donné de son bon vin à boire à la curée. Et quand il sera à l’hôtel, il se dépouillera et déchaussera et il se lavera les cuisses et les jambes et, à l’occasion, tout son corps. Et, entre temps, il fera bien préparer un souper de lard, de cerf et d’autres bonnes nourritures et de bon vin. Et quand il aura bien mangé et bien bu, il en sera tout joyeux et toute aise. Après, il ira goûter  l’air et le serein du soir pour la grande chaleur qu’il a eue, puis il s’en ira boire et coucher dans son lit dans de beaux draps de toile tout frais et il dormira bien et sainement la nuit, sans songer à faire pêché. » Gaston Febus, le livre de chasse, 1387

 

L’époque que nous allons décrire est faite de bataille mais aussi d’épidémies. La grande peste de 1348 tua la moitié de la population et demeura ensuite endémique. Dans les vallées, surtout celles qui étaient lieu de passage, la mortalité fut forte, et le Louron, quoiqu’un peu à part, ne dû pas faire exception. Comme le montre la description de Gaston Febus, les montagnards s’habillaient et vivaient avec ce que la nature leur laissait. Ils habitaient des maisons où ils dormaient à plusieurs par lit, mangeaient debout autour du feu. Mais ils étaient libres, ils bénéficiaient depuis le XIIIème siècle du droit de se ravitailler en sel en Espagne, sans payer de gabelle au seigneur. Dans le Louron, il reste des traces de ce traffic dans le roc du côté des fourches de clarabide.

 

 A la fin du siècle, si on se fie aux patronymes, on s’aperçoit que les gens de la montagne partent repeupler les villes de la plaine dès le début du XIVème siècle. Ce qui signifie que la reprise démographique a été plus rapide dans les vallées et en montagne et aussi, que les conditions de vie étaient déjà plus faciles dans la plaine.  

 

Montréjeau

 

La ville de Montréjeau, au débouché des vallées Pyrénéennes, avait été peuplée depuis 1330 environ, par des montagnards venus des vallées, plus ou moins volontairement. Ils étaient restés paysans, élevant les porcs et les chevaux dans les landes des environs. A cette époque, déjà, l’agriculture et son commerce n’était pas de proximité. Ainsi, en 1384, un marchand faisait transiter par Montréjeau des porcs venus du Périgord et du Quercy. Ils étaient engraissés ensuite dans la lande de Montréjeau ou prenaient les chemins de la montagne pour pacager les bois. La ville perdit elle aussi la moitié de sa population au milieu du siècle, essentiellement à cause de la peste.

 

Au cours du XIVème siècle, le conflit des barons d’Espagne-Montespan avec les habitants de Montréjeau furent fréquents,  parfois violents. C’étaient des conflits liés au bornage et aussi, liés au double patronage.  Avec les habitants et grâce à leurs alliances, les barons  développèrent aussi un commerce de peau et de laine, puis de draps. La ville faisait partie du système économique mis en place et développé par le comte de Foix, grâce aux liens personnels de la famille d’Espagne et du comte de Foix.

 

Gaston Febus n’aimait pas les Espagnols : à ses chevaliers partant en Castille pour faire la guerre et chercher fortune, il leur expliqua, dit Froissart « en parlant de la nature des Espagnols comment ils sont mauvais, pouilleux et très envieux du bien d’autrui ». Dans son livre de la chasse, Gaston Febus explique que les chiens « ont autant de vilains défauts que le pays d’où ils viennent car le pays influe sur les trois natures d’homme, de bêtes ou d’oiseau. Les chiens d’oiseaux viennent d’Espagne et leur nature est déterminée par leur mauvaise origine. Les chiens d’oiseaux sont querelleurs et grands aboyeurs. » Mais tous ces seigneurs avaient des terres, des alliances en Espagne. Le comte de Foix développa avec les royaumes d’Aragon, de Navarre, de Castille, un fructueux commerce. La monnaie comtale était indexée sur celle du roi d’Aragon, particulièrement stable à cette époque. Les commerçants de Foix et du Béarn bénéficiaient de privilèges, de laissez-passer et d’exemptions de taxes pour commercer en Espagne les étoffes et le pastel.  Toute la population de la région en bénéficia, pour peu qu’elle sache se placer sous la protection de Gaston Febus.  

 

L’enfance d'un chevalier

 

L’enfance de Roger d’Espagne fut marquée par la guerre. Son cousin, Gaston Febus, régnait sur le Béarn et cherchait à relier ses terres Béarnaises, « qu’il tenait de Dieu  et de nul homme au monde» avec son comté de Foix, qu’il tenait du roi de France. Si les terres du comte de Foix étaient rarement attaquées même par les pillards, du fait d’une politique habile entre les Anglais et les Français et aussi, d’une organisation militaire sans faille permettant une réaction foudroyante en cas d’attaque, le reste de la région était parcouru par des bandes de gens armés, voire d’expéditions militaires. Le prince noir ravagea ainsi le piémont pyrénéen en 1357. Un an après La naissance de Roger d’Espagne, son père, Arnaud II d’Espagne,  est fait prisonnier à la bataille de Poitiers.

 

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Capture du roi de France Jean le Bon à la bataille de Poitiers

 

 Il est retenu en Angleterre avec le roi de France. La famille doit payer un lourd tribu aux anglais : 6000 écus. Le baron d’Espagne, prisonnier, ne participa pas à la bataille de Lunel, le jour de la Saint Nicolas en 1362. Cette bataille fut le triomphe de Gaston Febus contre les Armagnac et leurs alliés : le comte de Comminges, les Albret, et autre familles du bassin de l’Adour ou de la Garonne. Arnaud d’Espagne n’eu pas droit au partage des rançons qui ont fait la fortune de Gaston Febus. En 1366, alors que Roger d’Espagne n’a que 11 ans, Arnaud d’Espagne est à nouveau prisonnier, pris par des routards anglais dans les environs de Montauban. Là, il n’y eu pas de rançon versée. Le Pape excommunia les routards.

 

Son enfance fut celle d’un fils de nobles,  éduqué pour devenir chevalier. Elle du se dérouler entre le Périgord et les Pyrénées. Vers l’âge de 12 ans, peut être avant compte tenu de la captivité de son père, il dut sans doute être confié pour son éducation à un noble proche du comte de Foix, peut être Arnauton d’Espagne, son cousin qui était un familier de Gaston Febus et  chargé d’une activité des plus importantes : organiser les chasses dans les Pyrénées. Il apprit donc à se battre. Il fut page, écuyer et ordonné chevalier. Chevalier cela voulait dire, tout d’abord, défendre son honneur, celui de sa famille et des personnes placées sous sa protection. A cette époque, l’honneur comptait plus que la vie. Quand quelqu’un laissait se ternir sa réputation, il finissait immanquablement selon l’adage selon lequel « il n’y a pas de fumée sans feu », par être aux yeux de tous égal à sa réputation. Il était isolé et perdu. Et sa déchéance pouvait entrainer celle de ses proches. C’est pourquoi l’action violente pour défendre l’honneur était admise dans la société, même quand elle entrainait un homicide, voire une guerre privée. Chevalier, au XIVème siècle, c’est toujours un idéal, celui d’Yvain, le chevalier au lion. L’idéal de l’amour courtois, de la guerre chevaleresque où le cavalier doit charger en tête et surtout ne pas fuir le champ de bataille. Pourtant, le XIVème siècle et aussi celui où le combattant qui est pris est tué s’il est pauvre, ou rançonné quand il est riche. C’est celui où l’on utilise de plus en plus le combattant à pied pour gagner la bataille grâce à ses armes de jet, l’arc ou l’arbalète. C’est l’époque où tout se monnaye : la participation à une guerre, le rachat d’une rançon comme une créance à valoir, le fief rente, où le vassal doit payer le droit d’administrer une ville, un quartier, un village ou une vallée. La protection de la population pour être protégée, voire pour ne pas être attaquée, cela s’achète aussi et peut même se revendre.

 

C’est ainsi que Roger d’Espagne appris aussi à devenir un administrateur avisé, comme le fut son père avant lui. A ce titre aussi, la cours d’Orthez où se trouvait le comte de Foix du être une excellente école. Que ce soit dans les domaines financiers, administratifs, d’organisation militaire défensive comme offensive, et aussi de justice, le comte Gaston Febus fut un modèle comme il en existe peu.

 

Roger d’Espagne fut marié jeune à une noble aragonaise dont il eu 4 enfants. Elle s’appelait Esclarmonde de Villars.

 

Le guerrier

 

Il du faire ses armes aux côtés de son père, contre les routiers anglais et peut être aussi en Espagne, où les conflits de succession étaient permanents à cette époque. Son premier conflit d’envergure fut la guerre contre les Armagnac.

 

La guerre contre les Armagnac

 

Quand en 1375 mourut le comte de Comminges, laissant pour héritière une fillette de 10 ans, la guerre repris entre Foix et Armagnac pour  le contrôle de l’héritière. Les Espagne – Montespan, père et fils, oncles et cousins,  combattaient tous aux côtés du comte de Foix et de ses alliés. Et en 1376, enfermé dans Cazères sur l’Adour par Gaston Febus et son principal allié, Archambaud de Grailly, le Comte Jean d’Armagnac et son allié, le sire d’Albret, durent se rendre. Ils sortirent de Cazères avec leurs hommes, un par un, par un trou « pas trop grand », aménagé dans la palissade dressé par les assiégeants. Encore une fois, Gaston Febus et ses alliés l’avaient emporté face aux Armagnac. Cette fois, le roi de France veillait : il n’y eu pas de rançon, il eu une paix, les deux comtes suivirent la messe côte à côte, et Gaston Febus renforça son emprise sur le Piémont pyrénéen et en particulier, la Bigorre.

 

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 Gaston Febus, comte de Foix et seigneur souverain du Béarn

 

La lieutenance générale du Languedoc

 

Depuis la chevauchée du prince noir en 1355, le Languedoc, entre Toulouse et Béziers, était sans cesse la proie des pillards et des routiers. Le comte d’Armagnac n’avait pas su faire face à la crise, et le frère du roi, le duc de Berry, l’avait plutôt amplifiée. Le midi était relativement riche pourtant au regard du reste du royaume de France, malgré les « bretons et les pillards », les révoltes et l’épidémie de peste.

 

Le comte de Foix demanda au nouveau roi, Charles VI, la lieutenance générale du Languedoc. Le roi accepta, mais pas son conseil dé régence. Le Languedoc devait être attribué à un prince de sang royal en l’occurrence, le duc de Berry. Ce dernier, prompt à lever des taxes sur une population décimée par la peste, mais peu efficace pour lutter contre les bandits, était très impopulaire en Languedoc.

 

Les seigneurs et les villes du Languedoc en appelèrent à Gaston Febus, le seul capable et prêt à défendre le pays « contre Dieu et le diable, et à faire en sorte que pas une poule ne puisse être volée dans la province ». Avec l’appui de ses amis, et le soutien financiers des villes et des habitants, le comte de Foix remplit sa mission  de 1381 à 1382. La famille d’Espagne lui fut alors d’un précieux soutien. En 1373, Arnaud d’Espagne devient chambellan du roi Charles V, le fils du roi Jean II, avec qui il avait partagé sa captivité à Londres. Il est aussi sénéchal de Carcassonne jusqu’en 1383.  C’est donc  lui qui négocie le ralliement des carcassonnais à Gaston Febus, son cousin.

 

Le duc de Berry était officiellement le lieutenant général en Languedoc. Il descendit dans le midi avec une troupe de 2500 hommes, mais préféra s’entendre avec le comte de Foix.  Pendant ce temps, les troupes qu’il avait amenées du nord se livrèrent au pillage. Le 21 juillet 1381, les troupes du comte de Foix conduites par Yvain de Béarn les massacrèrent : 700 hommes d’arme et 2000 pillards furent tués. Les négociations s’engagèrent sur ces entrefaites, l’opération ayant été comprise par le duc de Berry comme positive, les armées débandées étant le principal problème d’ordre public de l’époque. Le comte Febus, face à la détermination du duc, du renoncer à protéger et même à servir de médiateur des communautés du Languedoc. Il réussi néanmoins à faire nommer un capitaine général pour lutter contre les routiers et les pillards. Il réussi aussi à détacher le duc de Berry du comte d’Armagnac. Et le duc continua à lever de lourds tribus injustes  et impopulaires.

 

Les Flandres

 

En 1382, Roger d’Espagne partit combattre en Flandre, dans l’armée du roi de France avec le duc de Berry. Son départ est évidement lié aux accords passés entre le comte de Foix et le duc de Berry. C’est un acte d’allégeance et de bonne volonté. C’est aussi la poursuite d’une politique constante d’équilibre entre le comte de Foix et le roi de France. Partisans du comte de Foix, les barons d’Espagne sont toujours du côté du roi de France.

 

Dans un contexte de révolte antifiscale généralisée, la Flandre pose alors un problème aigu : Louis de Male, comte de Flandre, est en butte avec la révolte des tisserands gantois (révolte des Chaperons blancs) depuis 1379. Vaincu à Bruges le 3 mai 1382 par les Gantois emmenés par Philippe van Artevelde, Louis de Mâle doit se réfugier à Lille. Il fait alors appel à l'aide de son gendre Philippe le Hardi, duc de Bourgogne et oncle du roi de France. Avec l'aide de son frère Jean de Berry, Philippe le Hardi convainc le jeune Charles VI qui, a 14 ans, rêve d'exploits militaires. Les liens économiques qui lient les Gantois aux Anglais, qui produisent la laine utilisée par les drapiers flamands, amènent van Artevelde à tenter à faire jouer l'alliance anglaise nouée par son père au début de la guerre de Cent Ans. Mais le royaume d'Angleterre, est en proie à de graves troubles intérieurs et ne lui apporte qu'un soutien symbolique.

 

Charles VI et ses oncles doivent agir car à la vue de la puissance flamande, les villes et Paris en tête complotent et menacent de se soulever. Les tentatives d'alliance anglo-flamandes, même si elles ont été infructueuses, fournissent un. L'Occident est déchiré par le grand schisme. Du fait de leurs alliances anglaises, les Flamands sont suspects de passer sous l’obédience du pape Urbain VI. Le pape Clément VII soutient donc l'expédition française, ce qui permet d'en faire une croisade.


L’armée qui se met en marche derrière le jeune Charles VI compte au moins 20 000 hommes. C'est une armée rodée qui a chassé les anglais du royaume et qui est invaincue depuis 1369. À sa vue, les villes flamandes se soumettent les unes après les autres payant un tribut qui finance l'expédition. Le but est d'écraser Artevelde en bataille rangée pour rétablir l'autorité royale. Voyant que le pays se dérobe, il se retourne et rencontre l'Ost royal à Roosebeke le 27 novembre 1382.

 

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 La bataille de Roosebeke

 

Les piquiers flamands, à l'image des phalanges grecques, chargent frontalement. L'armée française combat pied à terre ne gardant qu'une cavalerie modeste placée sur les ailes. Le centre recule mollement encaissant l'impact des piquiers qui sont débordés sur les flancs par la cavalerie française. Les rangs flamands se désorganisent et, cernés, sont complètement écrasés par la contre attaque. Artevelde est tué, l'esprit de la rébellion est brisé. Les Brugeois négocient leur soumission dès le lendemain moyennant un tribut de 120 000 francs et leur adhésion à l'obédience de Clément VII. Une partie de l'armée est alors licenciée et le reste rentre avec le roi qui compte sur les villes traversées pour acquitter le reste des soldes dues.


Avant de regagner Paris, Charles VI tient à montrer sa détermination d'en finir avec la révolte flamande. Il décide de détruire et brûler la ville de Courtrai, laquelle était devenue le symbole de la résistance flamande après la débâcle de la chevalerie française en 1302. Lors de la bataille de Courtrai, 500 chevaliers avaient étaient tués et leurs éperons argentées ornaient depuis lors une chapelle de la ville. Et chaque année, les habitants fêtaient dans la liesse et la solennité cet évènement. Alors, le roi Charles VI ordonna que la population de Courtrai soit massacrée. Les jeunes gens, garçons et filles, sauf les plus disgracieux, furent violés avant d’être tués.

 

Après, ce fut au tour de Paris, de Rouen, des principales villes du royaume. Toutes devaient se soumettre et payer sous peine de violence. Partout, un représentant de chaque famille devait se présenter tête nue devant le roi ou son représentant et donner, en signe d’allégeance, des sommes considérables, susceptibles même de les ruiner.

 

Retours_Charles_VI.jpgLe retour du roi Charles VI à Paris : les bourgeois s'agenouillent devant lui


Ce fut ensuite le tour du  Languedoc, où Roger d’Espagne avait repris la charge de sénéchal de Carcassonne au décès de son Père Arnaud, en août 1383. Le Languedoc est puni en bloc : consulats et capitoulas sont mis en la main du roi et une amende de 800 000 francs est demandée. En fin de compte et après de longues négociations, les libertés et franchises municipales sont rétablies contre la soumission au roi et seule persiste l'amende. Cependant, la perception de cette taxe nécessite une présence sur le terrain pendant plusieurs années, ce à quoi s'astreint le conseil du roi et en particulier Jean de Berry. Gauthier de Passac fut nommé capitaine général du Languedoc comme l’avait suggérer Gaston Febus, et il lutta efficacement contre les bandits et les ribots, avec l’aide de Roger d’Espagne. Entre le roi et ses sujets du midi des liens sont enfin noués.


Les affaires d’Espagne

 

1383 : la guerre éclate entre le roi de Castille et le Portugal, soutenu par les Anglais. En 1385, de nombreux chevaliers Béarnais ou fuxéens s’engagent au côté du roi d’Espagne contre rémunération. Le comte Febus les mets en garde : « Je vais vous dire ce qu’il vous arrivera de cette expédition : ou bien vous reviendrez si pauvres et si nus que les poux vous étrangleront et que vous les croquerez entre vos ongles ou bien vous serez tous morts ou prisonniers ». La mise en garde ne fut pas suffisante. Ils partirent. La bataille d’Aljubarrota fut la grande victoire du peuple portugais sur le chemin de l’indépendance, et un immense désastre pour le roi d’Espagne et ses alliés. La plupart des chevaliers pyrénéens y trouvèrent la mort sur le champ de bataille ou furent massacrés comme prisonniers. Peu en sont revenus.

 

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 La bataille d'Aljubarrota

 

Le roi de Castille appela à l’aide et une seconde expédition mise sur pied. Roger d’Espagne était alors sénéchal de Carcassonne – en charge de l’administration, des finances, de la sécurité et de la justice du roi - et Gauthier de Passac capitaine du roi en Languedoc. Roger d’Espagne fut de l’expédition. Il amena avec lui « 60 lances et 100 pavois ». Roger d’Espagne avait alors environ 32 ans.

 

L’expédition menée par le frère du roi, le duc de Bourbon, rentra en passant par la Navarre et le col de Roncevaux, puis la Soule et le Béarn. La Soule était anglaise, mais c’était placée sous la protection de Gaston Febus, moyennant finances. Elle échappa aux pillages. Les routiers du duc de Bourbon passèrent plus à l’ouest. Sur les conseils avisés du comte de Foix, tout le monde s’en alla piller des terres anglaises sous la protection des Armagnac. Les troupes de Roger d’Espagne participèrent aussi à cette expédition.

 

Manifestement, la proximité avec le comte de Foix et avec le duc de Berry rapportèrent à Roger d’Espagne. Il fut en mesure de racheter au comte de l’Isle pour 600 écus l’hommage qu’il lui devait pour Montespan, et à son cousin Thibaut d’Espagne, la moitié de la ville de Valentine, à côté de Saint Gaudens, pour 600 écus d’or.

 

La prise du château de Lourdes


Depuis près de quarante ans, un cousin de Gaston Febus à la solde des Anglais commandait le château de Lourdes et de là, lançait des pillages jusque dans la banlieue de Toulouse. S’il n’était pas alliés de Gaston Febus, force est de le reconnaitre : les compagnons de Lourdes n’attaquaient jamais des villes, des villages, des commerçants ou des voyageurs placés sous la protection du très puissants comte de Foix. Oui mais voilà : en cette année 1405, Gaston Febus est mort depuis 15 ans et le roi de France tient à mettre fin au désordre. Une armée placée sous le commandement de Roger d’Espagne et de Robert de Chalus met le siège au château de Lourdes. Le château de Lourdes était une place forte de Gascogne. Il fallut d’immenses efforts pour réduire se repère de brigands. C’est pressé par la famine et désespérant de recevoir un secours qui n’arrivait pas que Lourdes se rendit aux seigneurs du roi de France. C’était en novembre 1407. Le siège avait duré 18 mois.

 

Roger d’Espagne politique et négociateur

 

A trois reprises au moins, Roger d’Espagne apparait dans l’histoire pour régler auprès du roi les affaires les plus délicates des comtes de Foix. S’est ainsi qu’il rendit les plus grands services diplomatiques à trois d’entre eux : Gaston Febus, Mathieu de Castelbon et Archambaud de Grailly, captal de Bush.

 

Le traité de Toulouse :

 

En 1390, Gaston Febus et le roi Charles VI ont signé à Toulouse un traité qui faisait du roi l’héritier, le légataire universel du Comte de Foix, contre versement d’une somme d’argent et un viager sur la Bigorre. Roger d’Espagne a participé aux négociations et à la signature de ce traité. Mais le comte de Foix ne se contente pas de traiter avec le roi de France. Il  signe un autre traité avec le représentant du roi d’Angleterre, un traité d’assistance mutuelle, et un troisième traité avec le roi d’Aragon contre l’ennemi de toujours, Armagnac.

 

L’héritage du comte de Foix

 

A sa mort, en aout 1391, à l’âge de 60 ans, Gaston Febus  dispose d’une fortune considérable, mais il décède Ab Intestat. Les Etats du Béarn font donc venir Roger d’Espagne à Orthez où se trouve la dépouille du comte et aussi, son trésor. Les Etats du Béarn ne veulent pas que leur pays passe sous la coupe du roi de France. Ils sont voisins du roi d’Angleterre et la politique de leur seigneur les a mis à l’abri des guerres de cent ans. Ils font donc venir l’héritier naturel, Mathieu de Castelbon, 14 ans, et demandent à Roger d’Espagne de négocier avec le roi.

 

Roger d’Espagne et Mathieu de Castelbon prirent la route de Toulouse pour rencontrer les conseillers du roi Charles VI, Bureau de la Rivière et l’évêque de Noyon. Roger aurait conseillé au roi qu’il reprenne les 100 000 francs et la Bigorre et qu’il laisse « le droit héritier recevoir son héritage ». Le traité n’avait pas été honorable en droit féodal car il privait la branche cadette des Foix – Béarn. Le roi retrouverait son honneur en y renonçant. Il fit état aussi du problème que poserait une mainmise royale sur le pays de Foix. Les populations seraient hostiles. Sans parler de celle du Béarn ! Et il serait dangereux de dresser contre le roi l’héritier appuyé par l’Aragon et qui pourrait aussi s’appuyer sur l’Angleterre. Roger d’Espagne et Espan du Lion, un seigneur Béarnais, partirent pour Tour rencontrer le roi. Ils emportèrent la cause. Le roi renonça officiellement au traité de Toulouse contre 40 000 francs et le remboursement des 100 000 francs versés suite au traité de Toulouse et 30 000 francs à verser au Duc de Berry, somme extorqué à ce dernier par Gaston Febus pour lui laisser épouser une très jeunes princesse que le comte de Foix avait sous sa protection.

 

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 Le duc de Berry

 

L’avènement des de Grailly


La famille de Grailly était originaire de la région de Genève. Elle était devenue par mariage l’une des plus puissantes familles du Bordelais et combattait pour les Anglais. Jean de Grailly, captal de Buch, était le vainqueur de la bataille de Poitiers. Son fils, Archambaud de Grailly, épousa  Isabelle, la sœur du successeur de Gaston Febus, Mathieu de Castelbon. Ce dernier décéda à son tour en 1398, sans laisser d’héritier.

 

Archambaud de Grailly, proche vassal du roi d’Angleterre et aussi, ancien compagnon d’arme de Gaston Febus et pour ce qui nous concerne, de Roger d’Espagne, devenait ainsi comte de Foix, vicomte du Béarn souverain et donc, une grande menace pour le royaume de France. Collard d’Estouteville, Sénéchal de Toulouse, reçu l’ordre royal de s’emparer du comté de Foix. IL prit rapidement Saverdun et Mazères, mais là s’arrêtèrent ses succès. Tout le comté, comme le Béarn et les autres possessions fuxéennes ayant reconnu pour seigneur le captal de Buch, et s’apprêtant à résister, le sénéchal de Toulouse préféra négocier. Un accord fut signé, dont les principales dispositions furent de placer les deux villes dont s’étaient emparées le sénéchal de Toulouse à la garde de Roger d’Espagne. Ensuite, les choses se gâtèrent. Le sénéchal du Languedoc reçu l’ordre d’attaquer le nouveau comte de Foix. Il s’empara du Nébouzan en novembre 1398, puis de Saint Gaudens. Le captal de Buch dû capituler. Il demanda à prêter hommages pour ses possessions fuxéennes, ce à quoi le roi consentit le 10 mai 1399. Les deux fils d’Archambaud de Grailly partirent à la cours de France pour y être élevés. En mars 1401, Archambaud prêta hommage au roi, et le 10 du même mois, le roi signa les lettres de rémission lui rendant les territoires occupés. La famille de Grailly s’installait dans les Pyrénées et s’installerait bientôt sur le trône de Navarre, du moins sa partie nord. Toutefois, la famille d’Espagne avait choisi en priorité le service du roi de France, même si elle se battit encore aux côtés des comtes de Foix quand la guerre contre les Armagnac se ralluma, au cours du XVème siècle. 

 

Le décès et la suite


Roger d’Espagne fit son testament en 1406. Il avait eu 6 enfants de ses deux femmes, et sans doute quelques batards qui ne sont pas passés à la postérité

 

Avec Esclarmonde de Villars

 

Espagnolet d’Espagne, mort à la bataille d’Imberos contre le Portugal
Aymond d’Espagne, mort au Portugal (avec le roi de Castille)
Gaillarde d’Espagne, mariée avec le seigneur de Montesquiou
Jean d’Espagne, mort jeune

 

Avec Claire de Grammont :

 

Roger II d’Espagne, seigneur de Montespan et de Bordères
Bertrand d’Espagne, seigneur de Ramefort, procureur du comte de Foix Jean de Grailly pour les négociations concernant le mariage avec l’infante de Navarre en 1434

 

Il décéda en 1410. Il fut inhumé à Montréjeau, dans la crypte du couvent des capucins.

 

 Sur son épitaphe, on peut lire : Ista est sepultura nobilis potentis viri domini Regerii de Hispaniâ militis domini de Montisplane, & de Borderiis patroni hujus conventus.

 

Sur les armoiries de Roger d’Espagne figurait un lion. Peut être est-ce pour cela qu’au dessus du lac de Bordères qu’il a eu souvent longé pour se rendre du Larboust au Louron  se trouve un pic qui s’appelle le pic du lion.

 

lac de Bordères 

Le lac de Bordère et en haut à gauche, le col du lion

commentaires

Saunhac 10/12/2015 22:40

Gaillarde de Miraumont épouse d'Arnaud III d'Espagne-Montespan est issue d'une d'une famille du Périgord ? D'où tenez-vous cette ânerie ? Gaillarde est la fille du seigneur d'Auragne, à 12 km du village de Miremont en Haute-Garonne. Les seigneurs de Miremont (les Sicard) sont nommés par erreur de Miramont ou encore de Miraumont. J'ajoute que Gaillarde est la petite-fille naturelle de Gaston 1er de Foix-Béarn. Voulez-vous rapidement corriger cette bêtise ? L'histoire est déjà suffisamment belle pour avoir encore besoin de l'embellir avec une idylle d'origine périgourdine (sourire). Vous devez songer à toutes ces têtes blondes... qui adorent le copié-collé. Merci.

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