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La Grande Guerre à Cazaux - Debat 1ère partie : l'été 1914

par amisdecazaux 1 Juillet 2015, 20:55

2 août 1914 : mobilisation générale

2 août 1914 : mobilisation générale

Le village de Cazaux – Debat est l’un des rares villages de France à ne pas avoir édifié de Monument aux Morts, à la mémoire de ses enfants morts pour la France pendant le premier conflit mondial. Pourtant, les familles de Cazaux – Debat n’ont pas été plus que les autres épargnées par le terrible conflit qui ravagea l’Europe et entraina sur les champs de bataille des soldats venus de tous les continents.

Extrait du registre des délibérations de la commune de Cazaux – Debat :

"Conseil municipal de Cazaux – Debat, séance du 30 août 1914

Distribution des correspondances

L’an mil neuf cent quatorze, le trente août, le Conseil municipal de Cazaux – Debat s’est réuni au lieu accoutumé de ses séances sous la présidence de monsieur Rey, maire. Le Conseil appelle la bienveillante attention de Monsieur le directeur des Postes sur l’avantage qu’il y aurait pour notre commune à ce que le facteur parte du Bureau de poste de Bordères – Louron après l’arrivée du courrier de 11 heures. De cette façon les correspondances nous parviendraient 24 heures plus tôt ce qui est fort appréciable pour notre localité.

D’ailleurs, cela n’entrainerait aucun frais supplémentaire. Ce ne serait qu’une modification apportée au départ du facteur qui serait reporté de 7 heures à midi.

Fait et délibéré à Cazaux – Debat le 30 août 1914. »

Le maire de Cazaux Debat, obéissant aux ordres de la Préfecture, a apposé l’affiche jaune de mobilisation et fait sonner le tocsin le 2 août 1914, comme dans toutes les communes de France.

Fin août, de nombreuses familles dans le Louron ont déjà reçu un courrier leur annonçant la mort ou la disparition d’un proche. Certains ont reçu la nouvelle par le courrier ou par le maire, d’autres par la rumeur, qui a été plus rapide mais qui peut se tromper de nom ou de prénom. C’est pourquoi le conseil municipal a délibéré, dans l’urgence. C’est le seul dossier à l’ordre du jour ce 30 août 1914.

La une de la dépêche du midi, le 2 août 1914

La une de la dépêche du midi, le 2 août 1914

Dans une organisation remarquable et jamais égalée à ce jour, des millions d’hommes gagnent leur centre de mobilisation et de là, leur affectation. Le front pour les classes les plus aptes au combat, les unités de réserves pour les autres, la territoriale pour les plus anciens. Tous les hommes de 20 à 45 ans sont concernés.

Deux millions d’hommes gagnent le front de Belgique et de l’Est. Le baptême du feu a lieu aux alentours du 20 août 1914 et il est extrêmement violent. Dès les premières heures des combats, les mitrailleuses allemandes fauchent des dizaines de milliers de jeunes soldats français engagés imprudemment par leurs officiers. 25 000 hommes furent tués le 22 août en Belgique. Il n’y a jamais eu dans l’histoire autant de morts en quelques heures de bataille.

L'armée française à l'offensive en Belgique

L'armée française à l'offensive en Belgique

Les mitrailleuses allemandes

Les mitrailleuses allemandes

La bataille des frontières, analysée par le général Lanrezac qui commandait le 18ème corps d'armée composé des régiments du Sud ouest :

Ma conviction est que l'ennemi, qui avait peut-être à portée des forces considérables, n'en a pas mis en ligne plus que nous.

S'il a pris l'avantage, c'est que partout nous avons agi avec maladresse. D'abord, les 10e et 3e corps ont contrevenu à mes intentions en allant courir l'aventure dans les fonds de la Sambre; dans ce dédale de localités, notre infanterie, sans expérience, peu ou point appuyée par son canon, n'avait aucune chance de réussir des attaques contre les Allemands, mieux encadrés et plus disciplinés, sachant faire un emploi habile du terrain pour une défensive momentanée, où leurs mitrailleuses allaient intervenir avec une puissance meurtrière effrayante

D'un autre côté, aux 3e et 10e corps, nos troupes, qui avaient pourtant l'ordre de rester sur la défensive, ont commis l'abominable négligence de ne point se retrancher sérieusement, de telle sorte qu'elles n'ont pu limiter la portée des contre-attaques allemandes.

Des fautes d'exécution multiples et graves ont été commises, mais comment s'en étonner lorsqu'on sait que les chefs de tout rang n'avaient acquis en temps de paix aucune pratique sérieuse de leur métier, et qu'ils ont eu en quelque sorte à faire l'apprentissage de leur commandement le premier jour où ils ont eu l'ennemi à combattre, dans les conditions les plus difficiles qu'on puisse imaginer, Il est évident qu'une tactique de combat plus prudente, laissant davantage aux chefs le temps de réfléchir et de combiner, eût mieux valu pour des officiers intelligents autant que braves, et que les premières leçons de la guerre auraient instruits rapidement.

D'autre part, si la défaite tactique eut pour nous des conséquences aussi désastreuses (nous dûmes abandonner à l'ennemi dix de nos plus riches départements), c'est que la combinaison stratégique du général Joffre procédait d'un art militaire simpliste, et d'une ignorance absolue de l'adversaire avec lequel nous allions avoir à combattre.

Pour mettre plus complètement en évidence la leçon qui découle des événements accomplis, de la déclaration de guerre à la " bataille de la frontière " inclus, je jetterai un rapide coup d'œil d'ensemble sur les opérations de cette période, en me plaçant cette fois dans le camp allemand.

N'est-il pas de toute évidence que la cause d'une disgrâce aussi complète ne peut être recherchée que dans notre mauvaise tactique, trop brutale, très dangereuse à pratiquer contre un adversaire qui se conduisait avec prudence et méthode ?

Les Allemands, c'est là une constatation que je ne cesserai de mettre en évidence, ont reçu nos premières attaques de pied ferme presque partout; soit qu'ils aient subi cette attitude du fait même de la précipitation avec laquelle nous nous sommes jetés sur eux, soit qu'ils l'aient adoptée de propos délibéré; ils n'ont contre-attaqué que quand nous nous étions usés dans des attaques poussées à fond sans précautions suffisantes : ils ont eu à jouer un rôle plus facile que le nôtre.

Quand ils ont pris l'offensive, ils l'ont fait avec une vigueur extrême mais ne se sont pas montrés plus adroits que nous; c'est grâce à leur discipline de fer qu'ils ont supporté sans faiblir des pertes énormes et réparé leurs bévues initiales.

Un coup d'œil, jeté sur un croquis donnant 1es emplacements respectifs occupés le 20 août au soir par l'aile droite allemande et l'aile gauche franco-britannique, montre dans quelle situation périlleuse cette dernière va se trouver en poursuivant son offensive vers le nord, comme le lui prescrit la directive du 20 août. De par la volonté du général Joffre, notre aile gauche qui réunit 17 à 18 divisions françaises et anglaises dépendant de deux commandants en chef de nationalité différente, va se jeter dans la formidable tenaille formée par les 30 divisions disponibles de la droite allemande (Dont quatre seront il est vrai, employées à l'attaque de Namur où il y a une forte division belge), 30 divisions homogènes soumises à un commandant en chef unique, qui a par conséquent toute facilité pour concerter étroitement leurs opérations.

Le croquis du général Lanrezac à l'appui de sa démonstration justifiant son ordre de retraite

Le croquis du général Lanrezac à l'appui de sa démonstration justifiant son ordre de retraite

Donc, dès le 20 août au soir, la stratégie allemande domine de haut la stratégie du général Joffre : notre aile gauche se trouve dans une situation telle qu'un revers tactique sérieux peut dégénérer pour elle en désastre. Une grande victoire remportée en Luxembourg ou en Belgique pourrait assurément rétablir les choses en notre faveur mais cette victoire, quelle chance avons nous de l'obtenir ? L'événement a répondu.

Le commandant de la Ve armée a vu le danger à temps : Il a le courage d'ordonner la retraite dès le 23 août au soir sans l'assentiment du général Joffre. Le 24 août, avant le lever du jour, la Ve armée se dérobe vers le sud; l'armée anglaise fera de même le 25. Le plan allemand est déjoué : il échoue dans sa disposition essentielle, l'enveloppement et, partant, la destruction immédiate de l'aile gauche franco-anglaise. La partie est compromise, mais elle n'est pas perdue La Ve armée a subi un échec grave, mais elle existe, et c'est le principal.

Général Lanrezac - Extrait du livre : LE PLAN DE CAMPAGNE FRANÇAIS ET LE PREMIER MOIS DE LA GUERRE "

Le général Lanrezac, au cours de la retraite qui a suivi la bataille de Charleroi, disait à ses officiers angoissés : " nous venons d'être battus, mais le mal est réparable; tant que la Ve armée vit, la France n'est pas perdue. "

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